Ce n'est pas si fréquent, les films avec des questions et des choix (bref, avec de la mise en scène). C'est peut-être un peu trop appuyé ici ou là, mais globalement le film tient bon, pourtant il prend beaucoup de risques (digressifs notamment, citationnels aussi (Antonioni n'est jamais très loin)), mais il reste très juste à l'endroit de l'émotion. C'est le parcours d'un homme quelques jours (quelques semaines ?) après la mort (sans doute accidentelle) de sa femme, bâtissant une maison et s'occupant de sa petite-fille. La relation entre les deux est très impressionnante (là c'est Bergman qui n'est pas loin), parce que toute la violence, toute la colère, toute la détresse y passent, mais transformées en quelque chose de spécial, dont on a l'impression que ça n'appartient qu'à eux, et qui ne vire jamais au sadisme.
Les références sont nombreuses, un peu écrasantes, mais au fond il ne s'agit pas tant de citations que d'esprit. C'est plutôt l'esprit d'Antonioni qui donne au film sa vitalité esthétique que le désir de reproduire ce que le maître a déjà fait. Aussi trouve-t-on dans Un jour si blanc un travail sur la couleur (et notamment sur le vert) assez génial, et un sens de l'espace fulgurant (les lieux sont habités, ce sont des territoires, les personnages y circulent réellement plutôt qu'ils n'ont l'air, comme c'est souvent le cas dans la plupart des films, d'y avoir été placés comme des figurines : "tiens mets-toi là").
Cette beauté très particulière tient non seulement à la relation entre la petite fille et son grand-père, mais aussi au personnage du grand-père seul, veuf, dont la masculinité (et la virilité) est mise en jeu, mise en scène, mise en corps, bref : mise en spectacle. Cette fragilisation (et la lutte du personnage contre celle-ci) est un plaisir à regarder, comme si l'énigme de nos pères soudain vacillait, voire tombait. C'est une mise à nu, mais c'est surtout une guerre, et cette guerre est très belle (les cris dans le tunnel m'ont beaucoup ému, d'autant que cette séquence est mise en scène par les personnages eux-mêmes, et n'est pas seulement l'expression de leur malheur).