Tout part d’un accident de voiture, une famille écrase un chien et s’arête chez un habitant qui les aide à faire redémarrer leur voiture. Jusque-là rien d’exceptionnel mais il se trouve que le père, conducteur du véhicule, a un passé sombre qui le rattrape à partir de ce jour-là. En plus d’être une critique de la République islamiste d’Iran, de son usage de la torture envers ses propres citoyens et de la corruption omniprésente ce film offre une réelle réflexion sur la notion de vengeance et de justice. Faut-il essayer de faire preuve de justice pour des personnes injustes ? Se venger n’est-ce pas devenir un des leurs ?
Le choix est laissé au spectateur, qui, à l’écoute des bruits de pas de la Guibole, ressent l’approche de la mort ou de la rédemption. Cela est d’ailleurs pour moi une erreur car en plus de nous laisser sur notre fin cela nous incite à penser que ces bruits de pas sont menaçant et donc que les victimes auraient dû se venger. Légitimer la vengeance n’est probablement pas une solution.
Les questions de la torture et de la violence sont omniprésentes mais ne sont jamais montrées ce qui renforce le réalisme du récit. Panahi ne nous montre pas l’horreur, il nous la raconte. Ce film est alors un témoignage, pas une fiction, il donne la voix aux victimes au lieu de représenter les bourreaux. Ce réalisme émerge aussi d’un vécu, celui du réalisateur Panahi qui a été emprisonné deux fois en Iran et qui a réalisé ce long métrage clandestinement en dépit des représailles. En le récompensant de la palme d’or, le festival de Cannes se veut promouvoir des œuvres à plus fort engagement politique. Est-ce un simple accident, un simple hasard, ou une nouvelle tournure pour le festival ?