Un Simple Accident m'a d'abord fait penser à une comédie. Certaines scènes flirtent avec l'absurde, comme ce moment interminable où les personnages essaient d'identifier le suspect: on appelle un tel, puis une autre qui travaille, on attend, on va voir Hamid…
Sur le moment, c'est presque drôle, cette manière de retarder l'évidence, et ça détend un peu le sous-texte. Il en est de même avec les scènes ou tout le monde veut sous-tirer de l'argent à Vahid !
Mais peu à peu, le ton change, ce flottement n'est pas là pour nous faire rire, mais pour montrer combien la vérité est fragile et combien chaque décision pèse lourd. On sent vraiment l'embarras moral des personnages: se faire justice ne revient-il pas à être pareil ? Jusqu'on peut-on aller avec une certitude fragile, un doute ?
La mise en scène de Jafar Panahi est d’une sobriété remarquable. Les cadrages sont soignés. La tension ne vient pas de l’action: elle repose sur les silences, les regards, les hésitations. Impossible de ne pas penser au parcours du réalisateur, censuré par le régime des Mollahs, emprisonné et interdit de tourner pendant des années. Ce vécu donne un poids particulier à son observation de personnages confrontés à des choix impossibles...