Déroutant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit en regardant A Sun. Dès l’ouverture, un fils commet une agression d’une brutalité insensée. Puis un autre, studieux, effacé, qui semble voué à un avenir sans histoire. Entre eux, un père brandit ses certitudes comme un phare et une mère tente de maintenir un semblant de lien. Tout paraît obscur, fragmenté, comme si les personnages avançaient dans un récit que la caméra choisissait autant de cacher que de révéler.
Un père trop sûr de son chemin devient incapable de percevoir la douleur silencieuse de son fils modèle. Et lorsque ce dernier s’effondre (je ne l’ai pas vu venir) englouti par des attentes trop fortes et permanentes, on comprend combien cette lumière implacable écrase plutôt qu’elle ne sauve.
Puis le film s’attarde, dans sa seconde moitié, sur le parcours de Ho. Mais rien n’est facile. Chaque pas est un combat. Ce n’est pas une rédemption triomphante, mais une lutte chaotique, éreintante, où la lumière n’efface pas l’ombre.
Le film repose sur ses ellipses : il ne dit pas tout, il laisse dans le noir les motifs et les failles, comme pour rappeler ce proverbe asiatique (japonais, je crois) : « Tout homme a trois visages : celui qu’il montre à la société, celui qu’il montre à ses proches, et celui qu’il ne montre qu’à lui-même. » C’est dans ces absences que loge la tragédie.
La beauté des plans, la lumière crue qui traverse les pièces séduisent d’abord le regard. Mais c’est un piège : ce soleil n’éclaire pas, il aveugle. Le titre du film résonne comme une ironie : A Sun n’est pas une promesse de chaleur, mais l’éblouissement qui empêche de voir l’essentiel. Ici, le soleil est aussi écrasant que la pression familiale et sociétale. Il incarne ce poids invisible qui broie les individus : Hao sous les attentes de la réussite, Ho sous la stigmatisation sociale, et tous sous le regard d’un père trop rigide pour voir autrement.
L’absence d’OST dans la première partie enferme le récit dans un silence lourd, pesant comme une chape. Puis une prière s’élève, ouvrant une brèche, une respiration. Cet instant musical, rare et tardif, agit comme une lueur fragile. Non pas la promesse d’un salut éclatant, mais le murmure d’une espérance.
Car si A Sun plonge d’abord dans le désespoir, il ne s’y enferme pas totalement. La seconde moitié, plus âpre, accompagne Ho dans son combat quotidien, et la fin laisse filtrer l’idée qu’avancer reste possible. Pas de miracle, pas de lumière rédemptrice, mais la possibilité ténue de construire malgré les blessures.