Kihachi, un père sans le sou, accompagné de ses deux petits garçons, ère à la recherche d’un boulot de tourneur. Il trouvera finalement une place dans la sidérurgie grâce à l’aide d’une vieille connaissance. Alors, leur quotidien change et se lie sur le visage du père quand il observe ses enfants manger à leur faim, profiter confortablement de leur sommeil ou filer à l’école. Mais une jeune femme rencontrée dans leur vie d’errance va refaire surface. Le film est découpé en deux tableaux, avant tout l’errance dans la banlieue industrielle puis ensuite l’auberge providentielle. Et c’est cette femme, elle aussi désespérée, elle aussi accompagnée de sa fille, qui les relie. Sa gamine atteinte de dysenterie, elle a dû se résoudre à se prostituer pour lui payer des soins.


 Le mélo est chargé, certes – Et musicalement chargé, aussi. On y évoque aussi l’abandon (d’une mère) avant de dériver vers la maladie (d’un enfant). Mais la force d’Ozu, dont c’est  l’un des tous derniers films muets, est de savoir capter des petites choses, douces, parfois merveilleuses à l’image de cette très jolie scène qui voit les enfants et leurs père jouer à faire semblant de boire du saké et manger du riz – se choisir un grand verre, se servir une plus grande assiette – alors qu’ils crèvent de faim. Ça adoucit un peu l’ensemble. Légèreté aussi quand un des deux gamins ramène une casquette et non à manger avec l’argent récolté par les chiens errants rapportés dans un institut qui réalise un programme contre la rage. Ozu désamorce la cruauté apparente de la situation.
Ces trouées mises de côté, Une auberge à Tokyo reste un film très dur. Même quand enfin Kihachi trouve du travail il s’agit de choisir entre manger copieusement ou dormir confortablement. Pas les deux. Il ne faut pas oublier que c’est un film qui fait dire par deux fois à une mère puis un père, que l’idée de se tuer avec leurs enfants leur a déjà traversé l’esprit. Mais le geste final, aussi sombre soit-il, est plus nuancé dans sa finalité – carton à l’appui. A part ça, si l’on trouve déjà quelque attache pour les lignes et les poteaux télégraphiques, les décors en imposent par leur dénuement, des cheminées d’usine en arrière fond, des tourets de câbles électriques un peu partout. L’extrême pauvreté se lie sur les vêtements, sur les visages et participe à rendre le récit très concret.
JanosValuska
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le 1 févr. 2020

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