Eh bien moi, j'ai plutôt bien aimé ce documentaire dont les 105 minutes passent (presque) comme une lettre à la poste. Il fait intervenir de grands réalisateurs encore vivants et qui ont bien voulu se prêter au jeu (dommage pour Kubrick, Cassavetes et Cimino). Le principal absent de la décennie est Spielberg mais on comprend à la fin pourquoi: selon les contributeurs du documentaire, Jaws (1975) serait le premier film à avoir été exploité selon les méthodes actuelles (sortie simultanée dans 1000 salles, produits dérivés, etc.), ce qui eut pour effet de multiplier les bénéfices*. De là à considérer tous les réalisateurs présents comme des artistes souffrants mais généreux et désintéressés, il y a un pas qui ne sera pas franchi. Un autre intérêt réside dans les interviews de différents producteurs, scénaristes et acteurs, ce qui permet de mieux prendre la dimension de leurs rôles dans cette période. Enfin, il y a dans Une décennie sous influence une mise en perspective qui resitue les échanges constants entre le cinéma américain et les cinémas du reste du monde, européen et japonais surtout: les réalisateurs américains des années soixante-dix ont puisé dans les grands maîtres italiens, la nouvelle vague française, Bergman, Kurosawa, Ozu qui, tous, avaient retenu des leçons des grands noms passés du cinéma d'outre-Atlantique. Puis les années quatre-vingts arrivent, le public américain en a marre du cinéma contestataire et l'histoire continue, différente.

* A propos de Spielberg, il est intéressant de comparer ces témoignages avec l'interview que le réalisateur de Jaws donne à Wenders dans Chambre 666 (1982). Interrogé sur l'avenir du cinéma, Spielberg ne parle strictement que d'argent alors que les autres (Antonioni, Godard, Herzog, Güney) ont une vraie vision (surtout Antonioni) ou en tout cas des éléments de réponse artistique.
StanLefort
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le 17 nov. 2011

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