Une femme heureuse. Titre français un peu stupide. Quitte à changer le titre original très à propos, "Tout pour être heureuse, et pourtant..." aurait été plus pertinent, bien que trop long, et peu subtil...
Bref, "Une femme heureuse" nous conte la crise existentielle d'une femme (au foyer) malheureuse, qui a pourtant tout pour être heureuse: des enfants, un mari gagnant bien sa vie, une maison confortable dans la banlieue Londonienne...
Le point fort de The escape est Gemma Arterton. On la sent très concernée, très impliquée dans le projet. Productrice exécutive, incarnant le personnage clé, elle met tout son coeur à incarner cette femme en pleine crise de la trentaine. Elle porte véritablement le film avec son incroyable performance.
Avec une réalisation essentiellement basée sur les gros plans, livrer un tel jeu d'actrice n'était pourtant pas aisée.
La détresse, la crise existentielle, l'affliction transparaissent derrière son jeu.
La première partie est bonne. L'univers de Tara/Gemma nous est présenté. La vie de mère au foyer n'est pas si facile, et pas toujours enrichissante. Une autre mère le dit aussi lors d'un barbecue: "C'est épuisant". Mais sa mère l'avait prévenue...
La musique, la réalisation, la performance de Gemma Arterton, la prise de conscience de Tara qu'elle tourne en rond et suffoque. Elle ne comprend pas ses enfants. Son mari ne la comprend pas. Pour lui, le rôle de Tara se cantonne à s'occuper des enfants, de la maison, et de ses désirs sexuels. Le manque de soutien de l'entourage de Tara... Tous ces éléments annoncent le fameux point de rupture entraînant cette échappatoire qui n'arrive qu'au bout d' 1h10 de film.
C'est là que commence la deuxième partie.
Tara se retrouve à Paris, fait une rencontre, et se retrouve confrontée à son double masculin. "Ce n'est pas bien ce que tu as fait" dit-elle à Jalil Lespert. Bien sûr, en fait, elle se parle à elle-même. Le constat est terrible. Prise de conscience de la dure réalité des choses, petite leçon de morale de la part d' une inconnue, et hop, retour à la case départ.
Cette conclusion est catastrophique pour le film. Moralisatrice, elle envoie en pleine gueule à Tara qu'elle doit juste la fermer et être heureuse. Tu t'es mariée, t'as des enfants, bye bye la liberté, tant pis pour toi...
Non mais franchement, cette fin fait voler en éclat toutes les convictions du début !!!
Soit heureuse, ou fait semblant, et tais toi... La séquence maquillage qui conclut le film symbolise cet état de fait. Tara est condamnée à porter un masque... Étant donné que cette scène maquillage débutait aussi le film, on peut en conclure que peu importe ce que Tara pourra faire ou penser, elle doit rester prisonnière de sa situation, et paraître heureuse.
Encore une fois, belle morale...
Le film était plutôt bon, jusqu'à cette morale finale qui dénature le reste et vient tout gâcher.