Dans le CV de Dominic Savage figure un seul rôle d'acteur, enfant, dans le Barry Lyndon de Kubrick. 12 ans après son premier film en tant que réalisateur (Love + Hate), il signe Une femme heureuse (The Escape), interprété et coproduit par Gemma Arterton. Autant dire d'emblée qu'on ne voit qu'elle à l'écran, ou presque, dans ce portrait de femme au foyer guettée par la dépression. La comédienne est formidable, le plus souvent sans maquillage, rendant palpable l'étouffement progressif de cette mère de famille qui n'en peut plus de sa vie routinière toute entière dévolue aux autres. Le film joue la carte du naturalisme, hormis dans sa deuxième partie, plus romanesque et pas très réussie, dans un Paris idéalisé. Cependant, en privilégiant un point de vue unique, celui de son héroïne, et en ne laissant guère au mari la chance d'exister, si ce n'est dans des scènes domestiques souvent suffocantes, le film se condamne à une vision étroite et monotone renforcée par une mise en scène qui privilégie les gros plans. On a beau adorer Gemma, la tristesse quasi constante d'Une femme heureuse et son atmosphère raréfiée ont pour conséquence d'assombrir fortement le moral du spectateur.