Une Fugue
7.3
Une Fugue

Court-métrage d'animation de Agnès Patron (2025)

Il est rare qu'un court métrage puisse être attendu car les réalisateurs passent plus facilement du court au long mais aussi parce que, mis à part en ayant une très grosse réputation, il est très difficile de vendre un court métrage qui se retrouvera très souvent à être projeté avec d'autres courts métrages qui risquent de lui voler la vedette. Pourtant, que ce soit en court ou en long, Agnès Patron était attendu pour son retour depuis son Césars du meilleur court métrage d'animation remporté en 2021 avec L'Heure de l'ours. Si l'on peut avoir de sérieuses réserves sur la qualité du film, il était clair qu'une identité visuelle n'attendait qu'à exploser, et ce nouveau court métrage présenté en séance spéciale à La Semaine de la critique peut être l'occasion de mieux développer son univers et de s'affirmer narrativement.


Très rapidement, le film arrive à démontrer une forme de grandeur et d'épure, avec des plans presque géométrique et des teintes froides qui placent parfaitement une atmosphère âpre et glaciale. Le film étant entièrement animé en animation de peinture, chaque plans prend une nouvelle dimension car pratiquement traités comme un tableau animé servant à immortaliser un fait marquant (rentrant ainsi en corrélation avec le sujet même du film). On est sur un économie de mouvement qui va participer à iconiser le moindre fait et geste des enfants, mais aussi à instaurer une ambiance douce et âpre qui fascine autant qu'elle dérange. On est dans une relation frère sœur qui est très intime, pouvant presque pencher dans une relation incestueuse qui nous envoute et nous emporte dans une divagation où l'on prend plaisir à se perdre avec ces personnages. Contrairement à L'Heure de l'ours où l'on pouvait subir le manque d'informations et l'aspect cryptique du récit, la relation entre les deux personnages et la simplicité du dispositif fait qu'on n'a pas besoin de grande chose pour nous tenir attentif. Chaque élément devient une curiosité qui questionne, fait travailler l'imagination du spectateur. Petit à petit, le film installe des plans et des scènes de plus en plus complexes avec notamment un plan en rotation, lorsque la sœur se fait tourner dans les airs par son frères, qui donne de la légèreté et un dynamisme qui capte d'avantage notre attention au point qu'on finit par développer une assez grosse attente quant à la finalité du film... qui déçoit fortement.


A force de mettre en avant une balade presque contemplative et abstraite, on finit par paraitre extrêmement approximatif quant au fait de donner sens à sa déambulation. On est perdu face à une fin cryptique où l'on devine grossièrement ce que la réalisatrice veut nous raconter, mais n'arrive jamais à convaincre tant la démarche et l'exécution transpire d'une grande maladresse. Dans une logique presque scolaire de la fin du voyage, le film s'embourbe à trouver une finalité qui aurait pu être beaucoup plus simple, tout en entretenant une forme d'évasion poétique qui fait la force du film. On a presque l'impression d'une fin mal maitrisée qui est involontairement le reflet d'un manque d'assurance perceptible tout le long du film. La réalisation est irrégulière avec des animations pouvant parfois être très mécaniques, et certains moments peuvent aller dans une abstraction un peu trop gratuite lorsque le frère vient à jouer avec jouer avec son propre sang après que sa sœur l'ait mordue. On en vient presque à relativiser l'expérience qui nous a été proposé car, si c'est pour en arriver à une fin presque académique, on aurait peu être pu s'économiser une à deux minutes de déambulations qui nous aurait épargner d'un léger sentiment de longueur quand vient la fin de la déambulation en duo. Le film reste plus accessible et plus maitrisé que L'Heure de l'ours, maintenant il reste encore du chemin avant de pouvoir pleinement apprécier l'univers singulier de la réalisatrice.


11.25/20


N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le mien, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.

Youdidi
6
Écrit par

Créée

le 6 juin 2025

Critique lue 68 fois

Youdidi

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