Les films de commande ont toujours tendance à être inquiétants : tout se joue sur la manière dont l’auteur a pu épouser les obligations et les limites qui lui étaient imposées. Alors forcément, quand le tandem des Archers composé de Michael Powell et d’Emeric Pressburger, deux des metteurs en scène les plus influents du cinéma britannique d’après-guerre, s’applique à la réalisation d’une demande du gouvernement visant à apaiser les tensions entre soldats anglais et américains sur le territoire récemment occupé, une étincelle de curiosité jaillit dans l’ombre de la propagande bête et méchante.
On n’oublie pourtant pas l’ambition originale du film : de cet objectif bien intentionné, le duo de cinéastes en fait un enjeu artistique. Dans le monde d’Une question de vie ou de mort, il n’y a qu’espoir et positivisme, heureux hasards et romances fantasmées. Après six années du conflit humain le plus meurtrier de l’histoire, Une question de vie ou de mort est une réponse pleine de vie à l’horreur du monde. De l’utilisation d’un Technicolor flamboyant à l’écriture d’une aventure certes un peu niaise, mais fondamentalement généreuse.
C’est cette passion inébranlable pour l’homme, mais aussi pour le cinéma, qui fait du film de Powell et Pressburger une œuvre si vivante et chatoyante. Jamais radical, jamais réellement novateur, Une question de vie de mort est un récit doux et grandiose, illuminé par la beauté désuète de ses effets spéciaux, à l’image de cette représentation magnifique de l’Au-delà, environnement biblique aux couleurs si fabuleuses que même la pellicule ne peut les transmettre correctement.
L’anti-cynisme à son paroxysme, la sincérité cinématographique à l’état pure, libérée de toute considération mercantile et de tout engagement politique : Une question de vie ou de mort est un pur produit rêvé, pourtant bien loin de faire dans la facilité diégétique, porteur d’un message fort qu’il est nécessaire de contextualiser pour en saisir le cadre.
Les plus désabusés des spectateurs n’y verront qu’un concentré indigeste de personnages superficiels évoluant dans une utopie sociale candide. Pour ceux qui auront le courage d’oublier, le temps d’un film, la noirceur du monde, peut-être que la singularité – soixante-dix ans plus tard – d’un récit porté par l’amour, l’espoir et la justice saura avoir raison d’eux, le tout se concluant sur une note des plus ambiguës, porte d’entrée à une réflexion plus profonde sur les maux de la guerre. Passionné et passionnant.