Peu de sons directs. La voix off et la musique se partage la majorité de l'oreille. Pour la musique, il s'agit de concertos baroques : Bach, Vivaldi, Cimarosa - je ne pense pas que ce soit le meilleur choix. Cela pousse le film dans une sorte d'au-delà, même si la voix off est bien celle d'une mémoire. Et cette mémoire est vérifiée par le film lui-même, jamais il n'y a contradiction entre le vu et le raconté. Juste quelques petits détails qui ne peuvent appartenir qu'à l'un ou l'autre. C'est surtout dans ce territoire troisième que se ballade l'émotion du film. Parfois, cette exactitude ressemble à l'effort pour survivre; l'effort pour retrouver exactement le cours des événements - petits, non développés par la voix mais qui au bout du compte nous diraient qu'il s'agissait bien de mesurer ce qu'il reste de bonté et de compassion) - qui amène cette jeune femme et sa petite fille à Paris, dans les chambres à louer et dans un terrain vague. La tension du film est, par la voix seule, le décompte de l'argent qui reste à la femme, et cela pourrait être aussi celui qui reste pour faire le film. Et il y a ce visage omniprésent, beau comme un Bellini, d'où peut-être la musique utilisée, qui se promène dans Paris, affamée, allant de refus en refus, avec la petite Sylvie, qui suit sans un mot : un chant à la ténacité douce et sans violence.