Difficile de pouvoir feindre l’étonnement en lisant le scénario d’Une soirée d’enfer qui semble reprendre de nombreux standards de ces comédies nocturnes, où tout peut arriver quand la nuit engloutit les personnages dans sa folie. Et pourtant le film proposé par Michael Dowse offre une sympathique réussite qui arrive à s’éloigner des attentes sans jamais les trahir.
Il y est évidemment question d’une nuit, une seule, mais la plus importante, en cette maussade année 1988, où Matt Franklin, jeune et frais diplômé mais devant bosser dans un magasin de vidéo va refaire la connaissance de son amour d’adolescence, Tori. Une passion jamais éteinte qu’il veut embraser pour de bon en prétendant être ce qu’il n’est pas, un banquier décontracté de Goldman Sachs, et en allant la rejoindre à une soirée, accompagné de son meilleur ami Barry qui vient de se faire licencier de son poste. Sur place sa sœur et meilleure amie pourra lui donner un coup de main, mais devra faire avec la demande en mariage de son petit ami qui organise la soirée. Matt s’obstine, et marque des points, se crée une nouvelle allure, une nouvelle contenance, et est bien décidé à prendre sa revanche, mais qu’est-ce que tout ça pourra lui apporter de vraiment bien ?
Certes, Une Soirée d’enfer fait aussi partie de ces comédies extatiques, où le plaisir de la fête n’est jamais loin, pour danser, boire et autres quelques excès. Mais il n’utilise pas comme propos des adolescents qui n’ont que ce remède pour se sentir exister. Il dresse aussi un portrait plus discret mais bien réel de jeunes adultes qui vont utiliser cette soirée pour se remettre en question, envoyant balancer les attentes de ce que doit être un « bon » adulte. Les portraits des autres représentants du même âge présents, installés, révèlent même une certaine hypocrisie sur leur maturité supposée, profitant de leur pouvoir de séduction ou leur place dans la société pour en obtenir toujours plus.
Matt Franklin en est le bon exemple, la figure centrale, il est obsédé par une passion adolescente qui le retient dans le passé mais qui va pourtant dicter son présent, lui qui n’a aucune idée de son futur, de qui il peut être. Quitte à se mentir et à mentir aux autres, à se travestir, pour incarner une figure plus désirable, tout du moins plus acceptable qu’un jeune adulte avec son petit job pas très reluisant malgré son beau diplôme. Il va réussir à construire une relation avec Tori, que le film amène progressivement et avec malice, un romantisme bien particulier extrait de cette soirée d’enfer, une pulsion de vie, mais basé sur un mensonge.
Le film est un projet personnel de Topher Grace, qui en a co-écrit l’histoire, l’a co-produit et incarne le rôle principal. Certains éléments font écho avec sa vie privée. La tête dans les étoiles, un peu perdu, drapé d’une confiance mal assurée, il est excellent dans le rôle qui semble être une version future d’Eric, le rôle qui l’a fait connaître dans l’excellente série That 70’s Show. On retrouve d’ailleurs les époux Jackie et Jeff Filgo en tant que scénaristes et avec qui il avait travaillé sur la série. Ce n’est donc pas étonnant d’y retrouver une certaine filiation.
Face à lui, Teresa Palmer soutient la comparaison, en tant que jeune femme fatiguée de son poste et qui profite de cette soirée pour s’effacer les idées mais sans vraiment réussir à s’extraire de sa condition professionnelle. La talentueuse Anna Faris pour la sœur de Mark est plus en retrait, moins dans l’exubérance de certains de ses rôles comiques comme dans les Scary Movie, mais tout à fait juste, en bonne amie/sœur complice mais taquine, et qui a du mal à se positionner en tant que petite amie (avec Chris Pratt). Le meilleur ami est incarné par Dan Fogler, inoubliable dans Balles de feu, qui croyait s’être fait « sa » position de vendeur de voitures mais qui est lui aussi bien fragile dans ses convictions et ses attentes. Pour cette soirée, boudeur mais revanchard, il veut boire, draguer et se droguer, profiter de la vie, mais rien ne se passera comme il l’entend. Il est l’élément le plus comique du lot, mais sans jamais être traité comme le bouffon de l’équipe, le pitre qui en fait trop comme dans tant d’autres comédies.
C’est évidemment l’un des attraits du film, que de porter une histoire légère mais entraînante, même dansante avec une bande son très présente, mais aussi d’y apporter en creux une certaine crédibilité à ses personnes, de leur offrir du relief. Des adolescents ou des jeunes adultes qui font la fête, il y en des paquets par wagons de films. Rien de bien surprenant, et pourtant le film arrive à créer une certaine surprise. Se passant dans les années 1980, il propose un certain élan sans aucune parodie ou ironie sur cette époque. Et ce n’est donc pas un hasard s’il cache quelques références aux films de ces années.
Cela a aussi joué contre lui. Le film ne pouvait pas ne pas parler de ces années de jeunes adultes sans évoquer la cocaïne, qui sera un des ressorts pour Barry pour attirer à lui de nouvelles expériences. Un élément secondaire par rapport à la quête de Matt mais qui conduisit le film à attendre 5 ans avant de pouvoir sortir, Universal Pictures qui produit le film ne sachant pas comment le diffuser ou communiquer dessus, avant que Rogue Pictures n’en rachète les droits de diffusion. Malheureusement il fit un flop au cinéma.
En France il fut même diffusé en DVD dans une édition vide de tout bonus, contrairement aux Etats-Unis. Il ne contient même pas l’excellent clip d’Atomic Tom pour le film, reprenant Don’t you want me de The Human League, un régal dansant pour les oreilles et une bonne humeur visuelle. Mais qu’importe qu’il se regarde sur DVD ou sur plate-formes, Une soirée d’enfer est une honnête mais distrayante comédie et bien plus fine qu’attendue, un vrai boost de vitamines.