Urchin, premier film de l’acteur Harris Dickinson (Sans Filtre, Iron Claw, Babygirl) m’a laissée perplexe. Le début du film n’a pourtant pas à rougir. Empreint du cinéma social anglais comme celui de Ken Loach, le film propose de suivre le quotidien de Mike, un jeune SDF qui ère dans Londres à la recherche d'un sens à sa vie. Le jeune homme, personnage assez ambivalent puisqu'il apparaît autant attachant que horripilant, évolue dans le Londres des laissés pour compte, les invisibles de la capitale anglaise.
Mais le quotidien du personnage principal bascule lorsqu'il vole violemment un passant qui voulait l'aider. Il se retrouve ainsi en prison, pour récidive. C’est alors que le réalisateur fait un choix plutôt original - pour ne pas dire incompréhensible - celui de nous amener, à travers l’eau de la douche du protagoniste, vers une exploration métaphysique des bactéries, du cosmos et de l’univers (et que sais-je encore ?). Une séquence qui m’a rappelé un moment de "The Tree of Life" de Terrence Malick, où on s'attarde longuement sur des détails qui composent notre univers, moment qui m’avait lui aussi laissée perplexe.
Ce qui me dérange plus dans ce moment, c’est que cette séquence arrive de façon inopinée, sans véritable raison ni justification. Est ce une métaphore des pensées délirantes d'un drogué en quête d'infinité ? Est-ce une tentative pour le réalisateur de s’écarter du film social classique ? Ou tout simplement une envie de se démarquer tout court ? En-tout-cas, c’est à ce moment précis que le film a commencé peu à peu à me perdre...
Il y a aussi le retour incessant d'une image de grotte, où le personnage se déplace lors de son "hallucination". Sûrement une métaphore de l’univers carcéral ou de l'isolement que vit continuellement le personnage. Pour tout vous dire, cette image m’a parue lourde et assez hors propos. Vous me direz, pourquoi ne pas apporter un peu de poésie dans ce monde de brute ? Oui, mais alors il faut que cela soit bien fait. Pas que cela sorte de n’importe où pour justifier une envie soudaine de fantastique.
Une fois sorti de prison, on retrouve de bons moments. Des tentatives assez touchantes du personnage de renouer avec la vie, l’amour et le lien social. Mais ce n'est sans compter sur l’addiction à la drogue qui renvoie sans cesse le personnage à une position d’exclu de la société malgré les nombreuses mains tendues. Le personnage reste assez détaché de sa propre vie, plutôt égocentrique et injuste notamment avec le personnage de Megan Northam (Rabbia, Fario, Salade Grecque) qui essaye pourtant de créer avec lui un semblant de vie à deux.
Sans spoiler la fin du film, le réalisateur fait le choix à nouveau étrange d'un retour au fantastique. Dans une fin mi-christique mi-incompréhensible qui a fini par vraiment m'agacer. C’est dommage, car il y a des bonnes idées et quelques moments suspendus dans ce premier film. J’étais partie pour un encouragement 6, cela sera finalement un petit 5 pour moi...