Harris Dickinson, acteur aperçu chez Ruben Östlund ou dans Babygirl, passe derrière la caméra avec Urchin. Le film, qui sort le 11 février 2026, suit Mike, un trentenaire à la rue à Londres, happé par ses addictions et une violence qu'il contient mal. Après un passage en prison, il tente une énième réinsertion, aidé par des services sociaux, dans un quotidien qui n'offre aucun répit. Pour écrire ce premier film, Harris Dickinson s'est appuyé sur son expérience de bénévole auprès d'associations d'aide aux sans-abri, et sur des situations observées dans sa propre vie. Il dit avoir voulu raconter l'addiction sans la réduire à un "cas", en interrogeant aussi la manière dont la société regarde ces vies à la marge. Les relations dans la rue sont au cœur du récit : des attachements très forts, souvent durs, où l'on se dispute autant qu'on se protège, incarnés notamment par Nathan, autre SDF qu’Harris Dickinson finit par jouer lui-même après le désistement de l'acteur initial.
Ce qui frappe d'emblée, c'est la manière dont le cinéaste refuse les ornières du drame social britannique. Pas de leçon et pas de rédemption facile. Mike reste un personnage dont on devine l'intériorité sans jamais y pénétrer tout à fait, et c'est cette opacité qui le rend humain, presque familier dans ses contradictions. Harris Dickinson le suit de près, de loin, captant ses soubresauts intérieurs avec une justesse qui tient moins de la psychologie que de l'instinct. Et puis, subrepticement, le film s'ouvre à d'autres dimensions : un vortex nous aspire d'un siphon de douche à une grotte souterraine, espace mental de répit ; une musique électro détonne dans le paysage social ; des personnages secondaires offrent à Mike, le temps d'une soirée, la possibilité d'être lui-même. Ces échappées oniriques, discrètes mais tenaces, empêchent le récit de se figer en simple constat. Harris Dickinson cite d'ailleurs Sans toit ni loi et Les Amants du Pont-Neuf parmi ses références, mais son geste est plus heurté, plus instable, comme pour épouser les à-coups de la survie quotidienne.
Urchin ne cherche ni pardon ni rédemption. Jusque dans sa fin ambiguë, le film reste fidèle à cette ligne de crête : offrir à son antihéros une forme de dignité sans jamais l'embellir, le regarder s'enfoncer ou s'élever sans trancher à sa place. C'est peut-être là que réside la vraie force de ce film, dans cette capacité à laisser de l'espace, à ne pas tout verrouiller, à faire confiance au spectateur pour déchiffrer ce qui, chez Mike, relève de la survie ou du renoncement. Harris Dickinson signe une ode pour les oubliés du monde moderne, une prière sans Dieu adressée à ceux que même les services sociaux ne sauvent plus. Une entrée en matière qui a tout d'une affirmation de style.