Dans Urgences, Depardon dresse le portrait d’individus soignés pour troubles mentaux, à l’hôpital de l’Hotel Dieu, de Paris. Il en invite quelques un à raconter leur histoire. Tournure de phrase assez paradoxale puisque les patients s’expliquent toujours à une tierce personne, souvent au médecin mais jamais à la caméra.
On assiste à une série de consultations, un dialogue entre médecin et patient. Malgré la diversité des maux des patients, alcoolisme, envie de suicide, épouse révoltée par son sort, tous les personnages semblent prisonnier de leurs souffrances. Dans ce dialogue de sourd entre patient et médecin, ceux qui se livrent pourtant, emploient des mots que l’on connait tous, solitude, surmenage, angoisse.
Depardon est en retrait. Il laisse parler les images, et s’abstient de tout commentaire, et donc de voix off. Il sait filmer avec beaucoup de dignité ces individus perdus, très respectueux, au point de refuser le moindre mouvement de caméra. Cela lui confère une position neutre, d’absence de jugement.
Les patients et les consultations se succèdent. Hormis une patiente que l’on retrouve plusieurs fois, les autres patients n’occupent l’écran qu’une dizaine de minute.
Derrière les témoignages, une société en crise se dessine, morose et sans pitié.