Plus qu'un film, plus qu'un documentaire, une captation d'une lecture du poème éponyme par Tony Harrison, agrémentée de quelques illustrations, dont le texte intégral peut être consulté ici : https://www.lrb.co.uk/the-paper/v07/n01/tony-harrison/v
Très clairement c'est un épisode qui appartient à une culture (anglaise) et à une époque (les années 1980) qui ne sont pas les miennes, aussi il m'a été difficile de nouer un attachement profond au sujet malgré toutes mes tentatives et recherches d'informations sur le scandale. Une polémique apparemment parmi les plus célèbres de la poésie britannique contemporaine, provoquée par Harrison, poète de Leeds issu d’un milieu ouvrier, suite à la parution de son recueil "V." en 1985 en réaction à la vandalisation de la tombe de ses parents, qu'il découvrit taguée d'insultes et autres signes. La lettre V était souvent écrite en référence au "versus" d'opposition entre équipes de foot, mais le poème s'embarque dans l'exploration de diverses significations, diverses oppositions, vie/mort, nord/sud, riche/pauvre, cultivé/vulgaire. En 1987, la chaîne Channel 4 diffusa une lecture filmée intégrale du poème, assurée par Harrison lui-même, mais avant même la diffusion, la presse tabloïd lança une campagne d’indignation, dénonçant le langage vulgaire (le poème cite et analyse beaucoup d'insanités à caractère raciste, les "cunt" et les "fuck" sont légions) et le ton anti-patriotique. Évidemment les tories de l'époque vont jusqu'à demander la censure de l'émission, sans comprendre (ou chercher à comprendre) l'intention de Harrison, à laquelle on peut ou non adhérer : reprendre des propos qui reflètent la réalité linguistique et sociale des milieux populaires, confronter le langage poétique au langage de la rue, et finalement défendre la nécessité pour la poésie de parler de tout. Énième manifestation du fossé culturel entre élites (conservatrices ou non) et classes populaires. Évidemment, effet Streisand aidant, la diffusion fut largement appréciée, le poème devint culte, et Harrison se transforma en poète engagé.
Le fait historique n'est pas inintéressant, mais en ce sens j'ai davantage apprécié mes propres pérégrinations dans la documentation en dehors du film que le film lui-même, indépendamment du fait que la compréhension du texte, sans sous-titres, n'est pas toujours aisée — autant pour les parties liées à la collection d'injures fleuries que pour le registre poétique très littéraire par moments (un texte plus facile à lire, cf. le lien ci-dessus).
Harrison est mort cette année, en septembre.
"Beneath your feet's a poet, then a pit.
Poetry supporter, if you're here to find
How poems can grow from (beat you to it!) SHIT
find the beef, the beer, the bread, then look behind."