Saga familiale s'étendant sur trois générations dans un petit village basque, dit comme ça, ça fait pas rêver, je m'en rends bien compte. Et pourtant Vacas est un film passionnant qui va observer les conséquences d'un moment de lâcheté survenu en temps de guerre en 1870 sur les générations suivantes de deux familles rivales, jusqu'en 1936 à l'aube de la guerre civile Espagnole. On est cependant loin du film naturaliste à thèse sociologique, Julio Medem enrichissant son récit de diverses façons. Pour commencer il ne quitte jamais le village qui semble perdu dans le temps et hermétique aux avancées du monde qui les entoure, malgré les nouvelles qui lui parviennent de l'exterieur, un choix qui rappelle fortement le village de "Cent Ans de Solitude", tout comme son emploi d'une forme de réalisme magique. Medem intègre par moments à ses choix de mise en scène une dimension quasi-fantastique proche du surréalisme qui peut évoquer Bunuel comme Lynch, il insiste sur le folklore local, ses mythes et ses coutumes qui prennent des dimensions inattendues et égalent les évènements Historiques dans la construction de cette communauté et des drames qui s'y jouent. Le choix de faire jouer aux deux même excellents acteurs des rôles sur les trois générations successives renforce encore cet aspect presque irréel d'une boucle qui ne fait que se répéter, le film s'ouvrant et s'achevant sur deux scène de guerre ( par ailleurs étonnantes de réalisme et de tension). Quelques touches gentiment humoristiques, la présence d'Ana Torrent, font passer quelques longueurs sans gravité et nous voilà devant un spectacle hors-norme qui méritait bien une critique sur SC ( je suis étonné d'être le premier a y avoir pensé) !