Valse Avec Bachir ou comment renouveler le genre documentaire en le transformant en art graphique du cinéma à part entière. Il a démarré sous mes yeux, précédé d’une solide réputation et estampillé Arte, ce qui pour moi est souvent une excellente référence. Peut-être s’agissait-il d’une prémonition, mais j’ai longtemps hésité à le voir, quelque chose d’inconscient me murmurait à l’oreille que je devais passer mon chemin, quitte à manquer un film majeur.

Pendant une bonne vingtaine de minutes, cette prémonition m’a parue tout à fait sensée, tant le film est long et lent à démarrer, tant il prend son temps à entrer dans son sujet, et quel sujet. Ari Folman s’aventure en conflit israelo-palestinien, histoire de tous les dangers, de toutes les passions mortelles et de toutes les polémiques stériles et veines. Encore plus fort, il traite des massacres de Sabra et Chatila en 1982, deux camps de réfugiés palestiniens dans lesquels les Israéliens ont lâché des phalangistes, qui devaient en extraire des terroristes. Difficile avec de tels choix de ne pas réveiller les haines et les rancoeurs, même en étant purement factuel comme semble l’être Folman.

Je crois que l’animation m’a dérouté d’entrée, ce choix étrange de visages presqu’entièrement figés à l’exception des yeux et de la bouche, le tout apposé sur des décors d’une beauté sombre et des personnages fluides dans leurs mouvements. Tout cela crée un contraste déstabilisant, puis saisissant au fil de l’histoire. J’ai quand même cru avoir affaire à ces exercices comiques qui visent à animer les cases d’une bande-dessinée en animant très peu de choses. Le fait de l’avoir regardé en version originale m’a également perturbé, la phonétique hébreuse, trainante et plutôt monocorde, ralenti un peu le rythme.

Fort heureusement, l’histoire prend rapidement le dessus et ces massacres, qui ont valu sa réputation à Ariel Sharon, prennent sens dans nos esprits amnésiques. Ari Folman s’emploi à faire le travail que les journalistes, n’étant pas là pour nous informer, sont incapables de faire au quotidien. Au fil des événements on rentre la tête, on baisse les épaules et les bras, accablé par une tragédie qui, quoi qu’on en dise, reste objectivement celle d’une guerre illégale du pot de fer contre le pot de terre. Les mauvais esprit, dont je ne suis pas, diraient de David contre Goliath mais ici, David est musulman. La musique de Max Richter vient ajouter une couche de noir supplémentaire, une intensité dramatique qui n’était pas indispensable mais qui dramatise superbement le déjà dramatique.

Je me souviendrai qu’il faut parfois savoir insister, garder à l’esprit que la qualité d’un film ne se joue pas toujours dans les vingt premières minutes. Valse Avec Bachir s’apprivoise, se découvre pour finalement se mériter. Coup de massue cinématographique, il expose sans concession le drame mondial d’une fin de siècle, drame que chacun regarde d’un air navré, compatissant et empli de pitié, mais drame qu’absolument personne n’est prêt à prendre à bras le corps, quitte à y abandonner sa carrière politique.
Jambalaya
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le 16 mars 2014

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