On se retrouve dans un état étrange lorsque défilent les dernières images de ce "Vase de noces", un mélange de sentiments pour le moins dérangeant, une atmosphère étrange qui colle à la peau longtemps après la fin. Quel est le sujet de ces 90 minutes ? Difficile de répondre. Une chose est sûre, Thierry Zéno parvient à transcender les thématiques initiales, très terre-à-terre, en lien avec la solitude et la folie d'un homme dans une situation (historique et mentale) assez floue. Entouré de poules et de canards, proche, très proche d'une truie qu'il courtise comme si de rien n'était, on suit les élucubrations zoophiles et coprophages de ce personnage avec une fascination teintée de dégoût. Mais si ce dégoût est très sûr, ce que le film parvient à en faire, ce qu'il parvient à en extirper, est beaucoup moins évident, beaucoup moins avouable.
Pour qui passe-t-on si l'on avoue apprécier ce genre d'insanités ? Seule certitude, ce film, cette chose, s'adresse à un public averti. Au-delà de la curiosité malsaine qu'il pourrait occasionner, on peut assez facilement imaginer que beaucoup s'arrêteront au premier mouvement de dégoût suscité par de tels actes. Rien de plus normal, même si le choc ne constitue pas ici la finalité. Une fois la nausée consommée, il se dessine progressivement la volonté d'extraire une forme de poésie brute dans l'horreur et la déviance. L'environnement sonore décalé, parfois dissonant, souvent humoristique (aussi humoristique qu'il puisse être dans ces conditions, tout du moins), parachève le caractère expérimental et inclassable de cet objet.
Pour peu qu'on y soit disposé (et ce n'est pas une mince affaire !), la répulsion initiale et naturelle se transforme en curiosité un peu plus apaisée. Et c'est sur le terreau de cette curiosité, comme décorrélé de toute la déviance animale des agissements du protagoniste, que l'on peut envisager une certaine poésie, une certaine beauté. La beauté d'expériences naïves, presque enfantines, comme si le côté malsain de l'entreprise était chassé par la tendresse qui relie l'homme à la truie (oui oui). On s'achemine peu à peu vers une ambiance de fin du monde, cf. notamment la longue scène d'enterrement et de résurrection, entre le dégoût brutal d'un "Salò" et l'amour jaloux d'un père pour ses porcelets (oui oui), pour terminer bouche bée sur une séquence d'ascension éthérée. La stupéfaction à son maximum.
[Avis brut #90]