Pierre angulaire du slasher à l’américaine avec La Nuit des masques, Vendredi 13 a introduit le thème des ados dans un lieu isolé qui se font dessouder les uns après les autres. Jason en version française n’est pas encore Jason mais Jacky. Autant dire que tout le folklore du genre n’est pas encore tout à fait en place et que le mythe de Jason n’en est qu’à ses balbutiements. Et pourtant, à sa sortie, le film fit fureur et fut très vite considéré comme un des incontournables du genre. Plus encore, il devint aussitôt un sommet de l’angoisse et du gore. À le revoir plus de quarante ans après sa sortie, cette pensée peut prêter à sourire. Si le travail de Tom Savini est de qualité, ses prothèses en plastique ont parfois du mal à franchir les épreuves du temps. Côté suspense, on a connu d’autres moments de flips autrement plus éprouvants que cette série B artisanale mais très bien fichue.


Toute la difficulté à bien juger le film tient d’ailleurs à cela, à savoir réussir à remettre le film dans son contexte. Autant les films de la Hammer, par exemple, portent en eux une telle poésie que la disparition de leur côté horrifique ne les pénalise pas, autant la sentence est moins clémente pour ce genre de films. La réalisation de Sean S. Cunnigham, à l’image de sa filmographie, manque d’envergure et n’aide pas à tirer ce film au-dessus de la mêlée même s’il a lancé un concept. Les acteurs, tous débutants ou presque, ont cependant cet avantage (Kevin Bacon et Betsy Palmer exceptés) de donner un côté intemporel à l’ensemble, mais leur quasi-amateurisme dessert par moments certaines séquences. D’un autre côté, cela renforce aussi de façon paradoxale son côté naturel.


Cependant le film a de vraies qualités. L’atmosphère sait être dérangée avec les habitants et, bien sûr, son serial killer qui doit autant à Norman Bates qu’à Leatherface. Toute la séquence nocturne sous l’orage et la pluie torrentielle crée un véritable climat d’insécurité. La musique est soignée et angoissante. Le film ne sombre pas dans le grotesque gore avec de nombreuses mises à mort hors champ et une révélation finale qui donne presque une certaine épaisseur au récit. Bien entendu, c’est bourré de maladresses et de clichés mais les films Alpha, quand ils ne sont pas totalement maîtrisés sur le plan technique, souffrent souvent de ce genre de faiblesses. Difficile de remettre tout à fait ce film dans son époque et de passer outre certaines de ses insuffisances mais le résultat demeure sympathique et se regarde avec une pointe de nostalgie.


Play-It-Again-Seb
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le 3 juin 2023

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