Les Vendredi 13 n’ont pas laissé de films ou même de séquences honorables, mais lèguent à la postérité un boogeyman culte : Jason, le tueur au masque de hockey. Après Halloween et son Michael Myers, c’est à ces piteux films que le slasher doit sa définition. Contrairement à son modèle Michael Myers, Jason dispose d’une histoire et donc d’une mythologie faiblement étendues. Il lui a fallut trois opus pour prendre forme et il n’est même pas présent dans celui de Cunningham qui ouvre la saga. Les Vendredi 13 se distinguent positivement d’Halloween par le contexte des meurtres, une campagne reculée où ce brave Jason Verhoees mutique et au faciès toujours plus proche des Ghoulies au fil des épisodes massacre de façon propre et nette des adolescents dévergondés.


Presque trente ans après la popularisation du slasher, ce nouveau Vendredi 13 remet de l’ordre dans ce sous-genre de l’Horreur particulièrement dévoyé. Les trois célèbres sagas dans le domaine (Freddy, Halloween et Vendredi 13) se sont éternisées et Vendredi 13 remporte la palme avec ses douze opus, ce remake inclus. Record absolu de l’horreur, en tout cas à une échelle visible en Occident ; record aussi en terme de médiocrité, Vendredi 13 incarnant un genre dans toute sa dégénérescence et son opus originel étant le ‘classique’ le plus honteux de l’histoire de l’Horreur.


Produit notamment par Michael Bay, ce douzième Vendredi 13 est le meilleur opus de la série ; rafler ce titre était facile, il suffisait de faire mieux que Jason le mort-vivant (la meilleure suite voir le meilleur Vendredi 13 pour la majorité) ou Un nouveau défi (cinquième opus assez controversé au ton très différent). Il faut donc préciser que ce film est bon en lui-même : c’est un slasher puriste, d’un très grand sérieux dans l’exécution, traitant ses personnages avec un second degré calculé, presque subtil dans le domaine. Jason apparaît plus sportif et expansif physiquement, il n’est plus cette simple armoire mutique, cette masse ultra-placide ; il est également intelligent dans ses manières de fonctionner et plein de ressources, puisqu’il sait tirer à l’arc avec adresse.


Cette version moderne emploie une franche dose d’humour direct [au sein des intrigues elles-mêmes], totalement absente autrefois, ou alors très lointaine et plus nanar que potache. La dimension parodique de Jason à Manhattan (8) ou dans l’Espace (10) aura pu amuser par son idiotie intrinsèque et quasi militante, mais ici Marcus Nispel est aux commandes et il sait manipuler les codes du slasher sans se dérober. Les studios ont manifestement été sensibles à son remake de Massacre à la tronçonneuse, produit décevant et semi-échec artistique mais qui a su donner un semblant de fraîcheur à la saga et la relancer pour quelques rounds.


Finalement, cette version 2009 a beau poser le pitsch de façon très sommaire et brutale au début avec la mère de Jason, il ne s’agit plus vraiment d’un Vendredi 13, ou alors c’est une réinvention. L’indépendance est telle qu’il faut parler de reboot plutôt que de remake ; et là encore, préciser que le reboot concerne la saga (avec de possibles références expéditives aux trois voir quatre premiers opus, mais aucun appui véritable sur eux) et non l’opus originel. Après les onze premiers opus, celui-là arrive comme un réconfort ; sinon, le néophyte (qui n’y perd rien) pourra apprécier ce slasher classiciste, dans ses recettes et l’application des codes, donc en rupture avec les gaudrioles du néo-slasher. Le scénario bourrin des auteurs de Freddy contre Jason est relayé par la mise en scène et la photo remarquables propres aux travaux de Nispel. Remarquables mais souvent sans âme, d’ailleurs le slasher bucolique ne trouve pas encore d’emblème américain, ce que Nispel aurait été en mesure d’approcher compte tenu de son joli Pathfinder.


https://zogarok.wordpress.com/2015/10/31/vendredi-13-2009/

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le 31 oct. 2015

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