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Dead alert
Il fut un temps où l’on attendait le nouveau Pixar avec excitation : le studio était devenu le maître de l’imaginaire, ayant su conjuguer les innovations visuelles de l’animation 3D avec une folle...
le 24 juin 2024
Après une période de renouveau pour le studio, faite de projets personnels portés par une nouvelle génération de réalisateurs, Pixar, victime du sabotage industriel de Disney, s’est vu contraint de revenir vers le chemin des suites commerciales pour renflouer les caisses. Les voilà de retour dans leur zone de confort. Leur dernier film en date pouvant être considéré comme un avant-goût des prochaines sorties à venir.
Pourtant, de toutes les licences Pixar, Vice-Versa est probablement celle qui se prête le mieux à devenir une franchise. Le cerveau humain étant en perpétuelle évolution, il serait facile de revenir régulièrement dans la vie de Riley pour dresser un nouveau bilan de son état mental. Moi-même à la sortie du premier volet, je m’étais mis à rêver d’une potentielle suite prenant place durant l’adolescence de l’héroïne, d’une autre au commencement de sa vie d’adulte, ou à sa crise de la quarantaine et, pourquoi pas, un épisode final suivant la décomposition de son cerveau rongé par la maladie d’Alzheimer. Mais pour l’heure, les scénaristes ont préféré se concentrer sur les nouvelles émotions provoquées par l’arrivée de la puberté, notamment sur une en particulier : l’anxiété, personnifiée en une petite boule de nerfs, adorable en apparence, mais qui n’hésitera pourtant pas à putsher le centre de contrôle pour imposer sa nouvelle ligne de conduite à Riley. Une ligne dénuée de tous repères moraux et uniquement guidée par ses angoisses de préadolescente.
Dans les faits, l’arrivée d’anxiété est vécue comme une invasion fasciste, réprimant les émotions primaires et contaminant toutes les zones cérébrales, jusqu’à parasiter l’imaginaire de Riley de pensées négatives et de plans machiavéliques. Pour autant, c’est quelque chose que l’on ressent à peine au sein d’un film qui reste fondamentalement léger et bon enfant. A croire que la réalisatrice concevait surtout son œuvre comme un pur divertissement familial ; cherchant avant tout à reproduire l’émerveillement et l’efficacité comique du premier opus, sans percevoir la noirceur sous-jacente de son script. Et malheureusement, cette approche aura de lourdes conséquences sur la dramaturgie de l’histoire.
Qu’on s’entende bien, je ne demandais pas à ce qu’Anxiété soit diabolisée comme une grande méchante de Disney. Au contraire, c’était beaucoup plus judicieux d’en faire une antagoniste malgré elle, comme ont pu l’être Peur, Dégoût et Colère dans le premier film. Mais il aurait au moins fallu accentuer la gravité de ses actes, la nocivité de ses actions sur Riley comme sur l’ensemble de son cerveau ; histoire que l’on sente nos héros et leur petit monde en péril.
Vice-Versa réussissait le tour de force d’être à la fois un divertissement familial hilarant et un film d’aventure grandiose, qui savait nous prendre aux tripes et nous émouvoir jusqu’aux larmes.
Même si ils n’étaient pas mal intentionnées, les actions de Peur, Colère et Dégoût avaient de graves conséquences pour Riley ; autant au sein de son cerveau, avec ses piliers de stabilité qui s’effondraient les uns après les autres ; que dans le monde réel où l’on voyait la gamine s’enfoncer dans une grave dépression qui aurait pu très mal finir. Ici, non seulement l’odyssée cérébrale apparaît bien maigre par rapport à la précédente, mais même l’évolution négative de Riley ne constitue pas un enjeu suffisant pour apporter au récit la tension dramatique qu’il lui faudrait. A part passer pour une moutonne sans intégrité et une garce auprès de ses amies (qui ne lui en tiennent même pas rigueur), notre héroïne ne fait finalement rien de bien méchant. La gravité de son immoralité ne prend corps ni dans le monde réel, ni dans son esprit ; annihilant toutes les tentatives d’émotion du scénario. J’en veux pour preuve, la séquence dans le monde de l’imaginaire, où nos héros découvrent qu’Anxiété a réduit ses composantes en esclavage pour les obliger à produire des idées noires à la chaîne. Sur le papier, cette séquence a un incroyable potentiel, mais sa réalisation, sa rapidité d’exécution et son absence totale de dramatisation, n’en font qu’une péripétie loufoque de plus, rigolote sur le coup, mais complètement inconséquente. Ce qui sera malheureusement le cas pour toutes les autres scènes de cet acabit.
Le seul moment où l’on ressent un peu quelque chose, c’est durant la crise d’angoisse de Riley, mais là encore, bien que logique, cette crise arrive comme un cheveu sur la soupe, sans avoir été préalablement amenée d’une quelconque manière. De fait, lorsqu’elle survient, on ne mesure pas vraiment l’étendu de sa gravité. On se contente en plus de nous montrer Riley entrain de respirer très fort. La mise en scène ne fait rien pour que l’on ressente viscéralement la souffrance de la jeune fille à cet instant, et même dans son cerveau, la crise ne prend forme que sous les traits d’un halo au milieu du poste de control, provoqué par l’agitation d’Anxiété. Pourtant, j’en ai déjà fais une de crise d’angoisse, je devrais être en empathie pour Riley. Sauf que sa représentation à l’écran manque tellement d’ampleur, que cela réduit grandement l’intensité de ce climix.
Et si cette suite nous happe moins, c’est aussi parce qu’elle roule sur des rails déjà utilisés. A quelques exceptions près, le scénario suit quasiment la même trame que le précédant. Même en envoyant cette fois tout le quatuor d’émotions en vadrouille, l’intrigue ne tire aucun avantage de sa nouvelle dynamique de groupe. L’épopée cérébrale est beaucoup moins riche en péripéties, les lieux ont déjà été visité, on exploite assez peu leurs bouleversements causés par la préadolescence ou l’anxiété, et même certaines situations sont reprises presque telles quelles, comme ce moment de doute dans les abysses de la mémoire, où l’on essaye à nouveau de nous faire croire que tout est perdu et que nos héros sont condamnés à être oubliés. Sauf qu’ayant déjà vu cette scène auparavant, on sait pertinemment ce qu’il va arriver, alors on attend juste que la scène se termine sans être gagné par l’émotion.
Vice-Versa 2 est donc bien inférieur à son aîné mais reste tout de même un divertissement très appréciable. Malgré tout ce que j’ai pu lui reprocher, je trouve la personnification d’Anxiété et son traitement scénaristique particulièrement bien vu. Par ailleurs, la mise en scène et le rythme du film servent à merveille sa dimension humoristique. Il est d’une efficacité comique redoutable et sait encore faire preuve de créativité dans la caractérisation de ses protagonistes et dans les péripéties qu’ils rencontrent, même si c’est souvent assez gratuit, comme tous ces personnages de dessin animés ou de jeux vidéos qui n’ont strictement rien à foutre là, soyons honnêtes.
En définitif, Vice-Versa 2 est dans la moyenne haute des autres suites Pixar. De bonne facture et respectueuses de leurs aînés, mais artistiquement moins abouties et complètement dispensables. Et franchement, vu la flopée de suites qui arrivent, ça n’annonce rien de très réjouissant pour l’avenir du studio. Vous allez regrettez leurs cinq derniers films mal aimés, ça je vous le garanti.
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Créée
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