Reinhold Schünzel est un acteur et réalisateur allemand dont l'essentiel de la production s'est étalée jusqu'à la fin des années 30. Sorti en 1933 dans une Allemagne déjà sous le joug nazi, Victor et Victoria est un film atypique, original, osé, truffé de quiproquos jubilatoires. Ce n'est pas une comédie musicale à proprement parler bien que certains dialogues soient chantonnés et suivent une ligne musicale (l'effet induit est assez surprenant). Certaines scènes chorégraphiques font immanquablement penser aux comédies musicales de Busby Berkeley.
La trame de l'histoire laisse entrevoir la somme des quiproquos à venir : un comédien ringard, campé par un Hermann Thiming enjoué, est atteint d'un rhume rédhibitoire. Pour son numéro dont il est l'affiche dans un cabaret musical et qui l'oblige à chanter et à danser travesti en femme, il se fait remplacer au pied levé par une jeune comédienne rencontrée au hasard d'une audition et qu'incarne magistralement Renate Müller. Sa tâche s'annonce pour le moins ardue : elle doit à la fois se travestir en garçon pour passer inaperçue et venir sur scène déguisée en femme pour chanter...! Un rôle à double tranchant !
Emmené par une troupe de comédiens irréprochables, le film regorge de situations drôles (voir la gaguesque scène du duel). Renate Müller endosse son rôle de travestie avec une désinvolture naturelle en s'appropriant les manières typiquement masculines. On se délecte de certaines situations qui mettent ses nerfs à rude épreuve ! Comme fumer la pipe, enchaîner les whiskys les uns après les autres ou encore se coltiner une séance de rasage chez le barbier...!
Jamais ennuyeux, Victor et Victoria, avec ses airs d'opérette, a merveilleusement bien vieilli et constitue, à mes yeux, un divertissement de haute tenue.
Renate Müller, qui était déjà une star populaire du cinéma allemand sous la République de Weimar, verra sa carrière brisée par Goebbels pour avoir refusé de servir le régime nazi en tournant des films de propagande. Souffrant d'épilepsie, elle finit par sombrer dans l'alcoolisme et meurt en 1937 dans des circonstances jamais éclaircies. Quant à Reinhold Schünzel, il sera contraint de quitter l'Allemagne, de par ses origines juives, et de s'exiler aux États-Unis, où il tourna encore quelques films avant de s'éteindre en 1954.