Présenté en avant-première au Festival des Oeillades à Albi, Vingt dieux est une belle surprise. Ce film, réalisé par une très jeune cinéaste pleine de talent, à immédiatement conquis la salle composée majoritairement d'un jeune public. L'énergie et la fraîcheur qu'elle insuffle à son œuvre se retrouvent dans son approche du récit et des personnages. Le film est séduisant, la réalisatrice également.


Visuellement, le film est beau à regarder. J'ai particulièrement aimé le grain de l'image, qui met en valeur les paysages du Jura. Ces derniers s'imposent comme un décor vivant, presque un personnage à part entière. La campagne jurassienne, toujours présente en arrière-plan, évoque l'ambiance des westerns, avec une tension discrète et palpable. Ce n'est pas Monument Valley non plus, mais la mise en avant des espaces naturels est un choix pertinent.


L'histoire suit « Totone » Clément Faveau , un très jeune homme propulsé brutalement dans l'âge adulte. Confronté directement à la dureté de la vie, il avance avec maladresse mais aussi avec une détermination touchante. On suit et on vit avec lui ses inquiétudes et ses échecs. J'ai aimé la manière dont le film explore cette transition difficile, tout en montrant l'impact indirect sur sa petite sœur, qui l'accompagne à sa manière depuis la mort du père. Ce cheminement, à la fois intime et universel, offre des moments de grâce et d'émotion, ainsi lorsqu'il la dépose à l'école avec son Trial ou avec le camion de laiterie. Le film ne tombe pas dans le pathos : il y a de l'humour, du suspense et,selon moi, beaucoup d'optimisme.


Le film est peu bavard, et c'est une force. Les dialogues, bien écrits et justes, laissent souvent place à l'expression des regards, des gestes, ou à des silences chargé de sens. J'ai aimé cette approche subtile, qui capte un langage souvent oublié, très direct, cru, ainsi la petite copine devant la difficulté de Totone lui dit « si tu peux pas au moins lèche moi », le tout enrichi par des expressions locales et un accent charmant. Cela donne au film une sincérité et une authenticité rare.


Le casting est impeccable. J'ai particulièrement aimé la performance de l'acteur principal Clément FAVEAU dit « Totone » avec une fragilité et une force poignantes. Il porte le film avec une intensité qui ne laisse pas indifférent. Maiwene Barthelémy est aussi incroyable de justesse. Un film fort.


Vingt dieux est une œuvre sincère et lumineuse, portée par une esthétique forte et une histoire simple mais profondément humaine. Ce premier film laisse entrevoir tout le potentiel de sa réalisatrice Louise COURVOISIER. Si vous cherchez un film différent, loin des sentiers battus, laisser-vous tenter. Vous ne serez pas déçu.


Et pour ne rien gâcher, vous saurez comment se fabrique le Comté. Je sais désormais que le goût du Comté aura une saveur particulière.

Créée

le 22 nov. 2024

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5

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