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le 5 juil. 2025
SuivreVirage bien négocié.
Il y a treize ans sortait un petit film canadien du nom de « Blackbird » qui avait marqué les esprits du peu de spectateurs l’ayant vu. On y suivait un adolescent mal dans sa peau et isolé pris dans...
Programme :
Pré notes dans le désordre :
Déjà j'ai été un peu généreux sur la note, je crois qu'il vaut un bon 6 mais pour la radicalité et le traitement original du sujet (et ce, sans tomber dans les facilités et la pathos), bref, j'ai ajouté un +1.
Dire que y a des gens qui sont payés pour traduire les titres, et là franchement, bordel que c'est mal fait (car traduire c'est trahir). La finesse et le double sens des mots Sharp Corner ne se retrouve pas dans Virage fatal (on dirait un titre des années 90, franchement, z'auraient carrément dû l'appeler 'attention route glissante')
Aussi, vu sur ordi, et ça ne l'aide pas, c'est le genre de film qui au ciné te prend en otage alors qu'en streaming, tu peux toujours te dire 'tiens, et si je faisais un peu la poussière pendant que le film continue d'avancer'. Donc, éteignez les lumières, votre portable, allez faire pipi, servez vous de quoi boire et grignoter pour l'enchainer d'un seul bloc.
Avis
Avant de parler du truc le plus dingue dans ce film, le film d'ordre général :
Le rythme du film, voulu et maîtrisé, peut carrément perturber ; et en même temps c'est ce qui m'a beaucoup plu. On voit la dégringolade de cet homme, qui vient d'emménager avec sa famille dans la maison de leur rêve. Forcément y a un soucis, c'est là où elle se trouve, la barraque (cf l'affiche, le perso dans sa maison). Deuxième soucis, un accident dans le virage face à la maison va permettre au perso principal de trouver un but (pas dans la vie mais dans le choix de l'histoire). Je vais pas en dire plus à ce sujet car ce serait spoiler, mais je reviens sur le lent crescendo (jusqu'au climax du film) où cet homme va tout faire pour exister ; je m'explique, après visionnage, j'ai compris (je crois), que certes ce gars va pas bien, sûrement depuis un bout de temps, mais que sa femme et lui se sont dit 'on tente de sauver notre couple avec un nouveau départ/nouvelle maison'. En tout cas là, il a trouvé (malgré lui) un terreau fertile pour sombrer dans une pathologie latente (tout ça c'est inconscient hein évidemment, et lui en dit autre chose). En tout cas, c'est ainsi qu'il va trouver le moyen de se sentir, vivant (paradoxalement, mais évidemment), et exister au travers du regard des autres.
Et c'est là où c'est très intéressant : quand on existe pas pour autrui (femmes, collègues, amis, son fils), quoi mettre en place pour devenir un héros - et surtout jusqu'où aller. Après mon coco, forcément qu'il va falloir en payer les conséquences... et on ne peut que penser à Crash de Cronenberg, même si là, le délire est tout autre.
Le gros + du film :
Ce personnage est brillamment incarné par Ben Foster et c'est parce que je l'ai vu sur la couv' que j'ai lancé le visionnage (Ben Foster = gage de qualité). Ce gars me surprendra toujours dans ses choix de rôle, et dans leur interprétation. Contrairement à un Di Caprio qui ne joue que du Di Caprio, Ben Foster a un 'je ne sais quoi' qui le rend 100 fois plus magnétiques que beaucoup de grandes star. En vrai, ça s'explique, le gars fait bien ses devoirs et s'appuie plus sur le personnage que sur l'histoire (ce que ferait là encore un Di Caprio). Ici, l'acteur a du charme à devenir un monsieur tout le monde chiant et qui ne prend pas de décision (pas tout à fait juste mais je simplifie) et se fait bouffer par tout le monde, au travail comme à la maison. Ben Foster fait juste ce qu'il faut pour composer quelqu'un d'un peu introverti (sans trop pousser les curseurs) tout en étant jamais dans la caricature. Et cela va de sa manière de se mouvoir, surtout de parler et sa façon de timbrer, jusqu'à ses jeux de regards. Je me suis même dit que dans les scènes en voiture, il a dû volontairement baissé son siège pour paraître plus petit que sa femme (ou alors c'est un choix du réal), mais un Di Caprio (non j'ai rien contre Di caprio) n'aurait jamais choisi cette posture. Mon poto Benni (ouai, je crois que ça doit être un gars cool dans la vraie vie, c'est ce que je me dis) continue ce genre de proposition du début à la fin, en tenant tout cela de manière très bien incarnée, et c'est ce qui fait qu'on reste là, à le voir tout doucement glisser, et à parfois se dire que c'est long tout ça, qu'on sait que ça va partir en sucette, de plus en plus, mais qu'on attend la suite impatiemment. Et pendant ce temps, sa vie se délite autour de lui, sans qu'il ne s'en rende compte, pire, se sentant incompris.
J'ai été surpris par la fin ; pas la fin en elle-même, je m'attendais exactement à ça sans être déçu quand elle arrive (petite déformation professionnelle à analyser un film), mais par la rapidité de l'enchainement du générique, sans voir notre héros dans la situation suivante. Bon là, pas le choix, je dois spoiler :
j'étais persuadé qu'on allait revoir ses collègues ou son boss, au courant ou devant leur poste de tv, à le voir interviewé après avoir sauvé la femme (de l'accident qu'il a provoqué). J'attendais aussi des retrouvailles avec son fils (qui aurait été fier) et sa femme (fière devant son fils, avec encore de gros doutes) jouant le jeu devant leur entourage. Mais en fait, il n'y a rien de tout ça, le réal cut direct, et vas y spectateur, maintenant que moi réal j'ai planté une petite bombe dans ton cerveau, je laisse le compte à rebours faire son propre tic tac boom.
Bref, je crois que ce choix, là aussi, est clairement une volonté du réalisateur de vouloir (et ce depuis le début), générer un mal être chez nous spectateur.ice. Je ne pense pas que cela aurait pu être un choix en salle de montage d'enlever une scène suivante plus hollywoodienne. Et ce parti pris fonctionne et je cautionne le fait qu'un film n'est pas juste là pour nous raconter une belle histoire avec une belle morale universelle.
Faut juste être en forme pour voir ce film, sinon, ouai, il va clairement confirmer 'pourquoi ne pas en finir avec la vie', sûrement une question que le personnage de Ben Foster se pose, pas à lui même, mais pour les autres.
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