Le vert n'est pas toujours la couleur de l'espoir.

Un film que j'adore à plus d'un titre : c'est une des meilleures transcriptions de cauchemar qui soient, une des meilleures utilisations de CGI que je connaisse et un des films auxquels je réagis le plus viscéralement.


Transcrire un cauchemar en images doit être un défi ardu. Peu de films y parviennent vraiment. Il ne suffit pas de quelques images horribles ou bizarres, de décors étranges ou de demander aux acteurs d'avoir un jeu surréaliste pour y arriver. "Vivarium" est un des rares films qui a pleinement réussi à donner au spectateur des sensations de vertige, de nausée, de confusion, de gêne, de poids sur l'estomac et le coeur que peut procurer un cauchemar. Et tout cela très simplement, en partant d'une histoire on ne peut plus banale et universelle - un jeune couple est à la recherche du pavillon idéal pour fonder une famille - qu'il pervertit peu à peu et en l'installant dans un cadre esthétiquement dérangeant.

Le cauchemar débute dès l'entrée du couple dans l'agence immobilière - l'agent immobilier qui les accueille est bizarre et inquiétant - et va s'accentuer quand le couple va accepter de visiter le quartier pavillonnaire "Yonder".

Yonder est en effet un lieu étrange qui provoque d'emblée le malaise. Tous les pavillons - et jardins - sont identiques à l'extrême et d'un vert hideux. Le couple est rebuté, comme le spectateur, mais accepte quand même d'aller jusqu'au bout de la visite, en sachant très bien que le lieu ne leur convient pas. Le cauchemar va prendre toute son ampleur quand le couple va se rendre compte qu'il est prisonnier de Yonder.

Le spectateur n'aura dès lors d'autre solution que de se raccrocher à la seule normalité qui lui reste : le couple et sa voiture, seul vestige du monde d'avant qu'il a quitté. Il ne peut qu'éprouver de l'empathie pour ce gentil petit couple lambda qui éprouve un désir aussi universel que de se construire un nid douillet pour élever sa future couvée.

La suite est on ne peut plus banale : le couple va avoir un enfant, l'élever, papa va partir travailler tous les matins et ne rentrer que le soir, maman va s'occuper du gosse et de la maison, ledit gosse va aller à l'école, les deux parents vont s'épuiser au travail et ne seront libérés qu'au départ du fils de la maison. Qui ne s'identifierait pas à une histoire pareille ? Mais Finnegan a choisi de raconter cette histoire banale sur le mode du cauchemar. L'idée est géniale, mais Finnegan a-t-il réussi ? Selon moi, oui.

Chaque aspect banal de l'histoire - l'enfant, la nourriture, le travail du père, l'éducation du rejeton, la vie de couple - est déformé, perverti. Le paradis espéré par les parents ne se révèlera qu'un enfer sans fin. Libre au spectateur d'interpréter cette histoire de jeunes parents piégés dans un pavillon sans âme avec un rejeton qui les épuise, un boulot éreintant et une bouffe sans goût. La fin, parfaite de noirceur, fait écho à la première scène du film qui montre l'installation d'un coucou dans un nid et la cruelle élimination des oisillons déjà présents qui en découle. Le film n'est pas un cauchemar pour rien.

Finnegan s'attache particulièrement à montrer les conséquences délétères de l'arrivée de l'enfant sur la vie du couple. Les deux personnages sont jeunes, amoureux et au début très complices. C'est frappant dans la jolie scène nocturne où ils se mettent à danser dans la rue au son de leur autoradio, comme un bref moment de liberté retrouvée. L'arrivée de l'enfant infernal va peu à peu saper cette complicité, diviser le couple et les mener vers la dépression.


La première force du film, c'est l'interprétation. Imogen Poots et Jesse Eisenberg sont formidables et suscitent une énorme empathie. Leur descente aux enfers conjugale et familiale est bouleversante. Les yeux cernés et le visage las d'Imogen Poots, l'épuisement de Jesse Eisenberg fendent le coeur. Le jeune acteur qui joue l'enfant est prodigieux. Vous n'oublierez pas la voix, les cris, le langage corporel et le visage de cette créature terrifiante que les "parents" ne comprennent pas et regardent comme un extraterrestre. Il traque et imite les adultes, se comporte comme un tyran, ne comprend pas leur humour et l'ironie... Tout cela paraît bien familier.

La deuxième force du film, c'est le décor, lui aussi familier. Je suis allergique aux CGI et autres fonds verts, mais quand leur utilisation est aussi parfaitement justifiée, là je dis oui. Les CGI et les fonds verts servent à merveille l'esthétique nauséeuse du film. Ils donnent une sensation immédiate et étouffante d'artificialité. Dans un film normal, c'est problématique et insupportable. Mais là, c'est parfait parce que c'est la sensation recherchée. Dès l'arrivée du couple à Yonder, on sent que quelque chose cloche dans ces centaines (milliers ?) de pavillons verts alignés et ces petits nuages parmes immobiles dans le ciel rosâtre. Le vert indéfinissable des pavillons donne tout de suite la nausée, sans qu'on puisse l'expliquer clairement. Car rien n'est vraiment laid dans ce décor. Il y a juste une similarité, un alignement, une absence de personnalisation dans ces pavillons, un silence, un calme, une perfection et une absence de vie (personne à l'horizon, pas de voiture, pas d'oiseau, pas de vent) qui prennent à la gorge et installent une atmosphère qui va peser sur tout le film jusqu'à la fin.

Finnegan a ajouté des vues aériennes de Yonder terriblement angoissantes, avec tous ces petits jardins, ces clôtures, ces toits qui se répètent à l'infini. L'atmosphère nocturne n'est pas plus rassurante, avec ces rues plongées dans le noir et cette obscurité épaisse qui n'incite pas à l'exploration. Le silence alentour pèse aussi. Aucun bruit de circulation, d'aboiement de chien, de cris d'enfants. Pas d'oiseau ni d'avion dans le ciel. Les nuages sont étrangement immobiles, sans un souffle de vent.

Finnegan crée un lieu de cauchemar très efficace en ne recourant qu'à des éléments très familiers. Il n'utilise jamais le fantastique ou la science fiction, sauf vers la fin, dans la scène terrifiante où l'enfant imite son prof ou celle où la mère découvre les dessous de Yonder.

Certains reprochent à "Vivarium" de ne pas en apprendre davantage sur les coulisses de ce quartier concentrationnaire. Perso, ça ne me dérange pas de ne pas en voir plus. Le film me plaît tel qu'il est, avec sa froideur, sa cruauté et son mystère.

Mairrresse
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le 21 mars 2026

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Maîrrresse

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