Le vieux Hamo vit dans un petit village kurde sous la neige en Arménie. Le réalisateur Hiner Saleem filme le dénuement d'Hamo et de ses quelques voisins, habitants pauvres et isolés au point que le vieil homme pense tout haut que c'était moins pire du temps de l'URSS.
Tous les matins, Hamo emprunte un autocar miteux et déjà trop coûteux pour visiter sa défunte femme au cimetière; il reçoit de temps en temps des nouvelles de son fils émigré en France, "à Alfortville" comme Hamo le précise fièrement. Et pour survivre, il vend son mobilier petit à petit, arpente la route enneigée une armoire sur le dos, image tout à la fois cocasse et pathétique.
Le cinéaste met en scène un drame humain auquel il confère par sa réalisation et des séquences aux confins du surréalisme une fantaisie discrète, comme la politesse du désespoir. La quotidien d'Hamo, avec ses dix dollars de pension, ou de cette veuve qu'il croise au cimetière, vendeuse de vodka lemon au bord d'une route désertée, est suffisamment éloquent pour ne pas abonder dans le misérabilisme. A sa façon, Saleem nous attache à cet échantillon d'humanité abandonnée à elle-même et résignée, à sa culture pas forcément éloignée de la nôtre mais conditionnée par la pauvreté.