• Finissez de me parler de votre rêve.

  • Le cauchemar s'arrête quand c'est étranger entre, et se bat avec mon père. Et que cet étranger se met soudain à s'enflammer et à mourir. C'est toujours pareil. La dernière image est son corps dévoré par les flammes.

  • C'est magnifique. Tout y est au niveau symbolique. La mère, le père, le feu, l'étranger méchant... En avez-vous parlé à un professionnel, un psychiatre ou un psychologue ?

  • Non, mes parents sont contre ce genre de choses.



"The Initiation", de son titre français qui n'a rien à voir avec le long-métrage "Voeux sanglants", réalisé par Larry Stewart, est un slasher caractéristique, qui si dans la forme reprend les codifications du genre dans une mouvance respectueuse des conventions typiques, parvient à surprendre par le fond exploité via une approche thématique et dramatique efficace. Un slasher classique dans la forme, atypique dans le fond, audacieux dans sa démarche, qui sans être exempte des défauts inhérents au genre, n'en demeure pas moins un représentant digne. Le récit prend place dans un campus universitaire, où les novices débutent l'initiation pour devenir membres à part entière d'une sororité d'étudiantes. L'ultime épreuve consiste à s'infiltrer de nuit dans un gigantesque centre commercial afin de subtiliser l'uniforme du gardien de nuit. Un rite de passage obligatoire qui va servir de prétexte à la Présidente qui veut se venger de Kelly Fairchild (Daphné Zuniga), pour qui elle a une aversion car jalouse que son petit copain lui tourne autour. L'idée est simple, les enfermer dans le magasin vidé de ses occupants pour foutre la trouille aux novices. Évidemment, la mauvaise plaisanterie vire au cauchemar, car un tueur anonyme sévi et commence à éviscérer les pauvres bougres ayant le malheur de croiser sa route.


Avec un postulat de départ des plus classiques, le film met en avant deux illustrations qui viennent perturber le récit traditionnel du slasher. Une première, symbolisée par un mystère qui joue des paraboles fantasmagorique autour de son personnage principal Kelly, hantée par des cauchemars. Des cauchemars post-traumatiques liés à un souvenir d'enfance traumatisant qui sont l’expression de son inconscient qui dans la réalité semble étrangement liée au meurtrier. Une démarche efficace, dans un premier temps ésotérique, qui va s'avérer être un verrou énigmatique conduisant à l'identité de l'assassin, qu'il va falloir déverrouiller. Au spectateur à trouver la clé, ce qui laisse lieu à un jeu de théorisation amusant auquel je me suis fait avoir lors de la révélation de l'identité du tueur. Une seconde illustration incarnée par une parabolique intéressante entre le sexe et la mort, qui dans les slashers est une résultante caractéristique conduisant les pêcheurs de la chair à une mort obligatoire pour avoir osé goûter le fruit défendu. Avec The Initiation cette conduite prend une tournure plus réfléchie et pragmatique et bien moins spéculatif. En découle des chapitres habiles venant prendre plus d'une fois à contre-pied le spectateur par une approche narrative mature, où on assume les conséquences du sexe aussi terrible puisse-t-il être, tout comme le fait que ce n'est pas si mal. Si le sexe peut être la source d'un traumatisme, il peut aussi être la source d'une guérison. En ressort une scène diablement ironique et cynique avec un meurtre barbare orchestré sur un plan qui met au même moment en parallèle l'orgasme sexuel. Un cri de terreur conjugué à un cri de plaisir pour un résultat jouissif. Probablement la meilleure scène du film.


Le récit est correctement rythmé. L'action va bon train. Le suspense est entretenu. Les meurtres sont nombreux et pas déplaisants, malgré une technicité un peu kitsch autour des mises à mort, qui ont le mérite de préserver l'identité du psychopathe au détriment d'une lecture fluide. Le film ne lésine pas trop sur les effets gores, certains meurtres sont cool même si on peut y trouver une répétition lors de la première moitié du récit. C'est une fois dans le centre commercial que les choses sérieuses commencent. Un bon moment qui se clôture sur une fin inattendue par le biais d'un twist plein de surprise. Dommage que la confrontation finale soit un peu rapide. La réalisation est satisfaisante, une technique très académique du genre qui néanmoins s'essaye à quelques tentatives émancipatrices plus ou moins réussites. La composition musicale sans être incroyable est un appui non négligeable.


L'actrice principale Daphné Zuniga offre une performance à la hauteur. Si quelques fois l'écriture de son personnage s'avère un brin caricatural par l'illustration de certains de ces choix stupides, son incarnation reste crédible et authentique. Pour supporter sa vie présente, elle cherche à combattre son traumatisme, en faisant un travail de conscience qui tente de repousser hors de sa mémoire sa fracture cauchemardesque. Une héroïne fatiguée et angoissée, pourchassée aussi bien dans le monde réel par un assassin, que dans le monde de Morphée par un fantôme épouvantable. Les autres personnages s'en sortent plus ou moins bien. On n'échappe pas aux clichés stupides du genre car il faut notre dose d'idiots décérébrés et de roulures qu'il va falloir sanctionner dans le sang. Néanmoins ce slasher parvient à poser des questions saisissantes ''d’ordre morale'' par le biais d'autres protagonistes bien plus subtiles, comme avec la comédienne Vera Miles en tant que Frances Fairchild, mère de notre héroïne. Marilyn Kagan en tant que "Marcia", en est la représentante la plus symbolique, à travers une séquence déchirante parfaitement incarnée par l'actrice qui fait une révélation glaçante à ses camarades qui ne cessent de se moquer d'elle en disant qu'elle est vierge :
« Bien, sachez-le une bonne fois pour toutes... Je ne suis pas vierge. Laisse-moi. Je n'ai pas fini. Vous ne me laissez jamais finir. J'avais... 12 ans. 12 ans. Il y avait ce... vieux monsieur. Mon prof de violon. Il... Oui, il avait un drôle de visage. Et il avait... Les mains moites. Un jour... Il... Il m'a tripoté. Et puis il... Il m'a violé. Mon dieu. Je ne l'ai jamais dit à personne. Même pas à ma mère. »



CONCLUSION :



The Initiation réalisé par Larry Stewart est un slasher qui possède ce qu'il faut pour satisfaire l’inconditionnel du genre en le menant sur un film qui à défaut de proposer des meurtres haletants parvient à installer des thématiques dramatiques satisfaisantes.


Peut-être pas indispensable, mais clairement pas dispensable !



Deltha Rho Chi, ne mourra jamais. Deltha Rho Chi, ne mourra jamais. Deltha Rho Chi... Lève-toi, novice. La Sentinelle t'appelle. C'est l'heure de prêter serment. ...Ne mourra jamais. Deltha Rho Chi, ne mourra jamais. Deltha Rho Chi, ne mourra jamais.


Créée

le 10 juil. 2022

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