Pedro Almodóvar avec Volver interprète la vision religieuse de l’ange gardien avec tant de sincérité et de lumière que même la douleur se transforme tôt ou tard en amour.
À première vue, Volver est une histoire simple avec des personnages ordinaires dans un village comme les autres mais Almodóvar puise dans l’humanité de chacun de ses personnages et c’est ce qui fait tout le charme du long métrage. On suit une famille qui est au plein cœur d’une tempête émotionnelle, celle-ci vit des événements qui provoque l’émergence des secrets enfouis et Almodóvar joue de cette vérité douloureuse et la manipule avec le plus grand soin pour flirter avec le drame et la comédie. L’histoire prend des directions différentes et ne s’arrête pas à une seule idée, rendant un film où l’on suit une quête de pardon et de vérité en miroir d’un récit criminel loufoque. Le film a la vocation de trouver des raisons à cette famille de se soutenir, de se retrouver et d’œuvrer ensemble à la guérison de leurs traumatismes. J’aime les œuvres de Almodóvar où il dresse essentiellement des portraits de femmes fortes et indépendantes où il se dégage une fraternité féminine touchante et qui donne à sourire. Ici l’entraide et la communication est tellement au centre du récit, faisant part des conséquences des non-dits sur la santé mentale. Raimunda interprété par la brillante Pénélope Cruz donne une performance magistrale, tellement touchante et débordante de sincérité. Chaque larme paraît sincère, chaque moment renforce ce portrait de femme qui vole la vedette à tout le casting. Cette maman est juste immensément attachante et sensible, on a clairement envie de la suivre du début à la fin tellement les intentions sont nobles. Carmen Maura est très talentueuse dans la deuxième partie du film, complétant à merveille la performance de Pénélope Cruz.
Almodóvar sert aussi un portrait religieux dans son film avec la figure de l’ange gardien et du spiritisme. En effet ce dernier est un voile à la vérité dans ce film et cela donne un côté intriguant au film à son commencement. On se demande sincèrement dans quelle direction part le film. Il est quand même très simple de deviner le principal dénouement du film mais ça n’en reste pas moins une construction scénaristique efficace. Néanmoins j’aurais aimé une approche plus complexe vis-à-vis du traumatisme qui est très souvent mis de côté au profit des connexions familiales. Le film aborde des thèmes infiniment difficiles avec un regard humain et encadré, ce qui ne donne jamais l’impression qu’on traite à la va vite des sujets d’une importance capitale. C’est le même sentiment que j’ai pu avoir avec Tout sur ma mère qui abordait avec tendresse et émotion le sujet de la transidentité.
Finalement on retrouve une histoire aux multiples regards où l’on rigole, on chante, on a les larmes qui montent. C’est un film qui fait du bien car il appelle à nous retrouver et les films de Almodóvar dégage toujours des messages d’une nécessité absolue !