C'est une histoire comme il y en avait beaucoup en France il y a quelques dizaines d'années. Un garçon beau parleur séduisait une jeune fille par ses déclarations d'amour, parvenait à ses fins, la mettait enceinte et lui tournait le dos aussitôt après. Elle devait ensuite affronter l'opprobre et le rejet. Tout cela se terminait par un avortement clandestin, le bannissement. Même si l'emploi de l'imparfait est peut-être présomptueux pour l'Occident, le présent demeure hélas le temps approprié pour l'Orient. Jeune afghane instruite qui va réussir son entrée à la fac de droit, Wajma est pourtant une victime. Des hommes, d'une religion et de ses traditions les plus archaïques, d'un état de guerre qui a renforcé les extrémismes et à peu près ruiné les acquis d'émancipation féminine.

Pourtant, on a presque d'abord l'illusion que Mustafa (rentré d'Iran avec sa mère veuve) et Wajma sont des amoureux 'normaux'. Certes il faut faire attention, se voir en secret et déjouer l'attention d'un frère ou d'une mère, mais le portable est là pour aider, le prétexte d'une cérémonie de mariage idéal pour partager quelques heures. L'illusion éphémère se transforme en cauchemar dans une violence insoutenable comme un exutoire de frustration et de pression. Le père de Wajma, par ailleurs démineur des champs de bataille, frappe et menace de mort sa fille qui jette la honte sur les siens mais négocie avec Mustafa et le procureur pour un règlement qui ne le conduise pas à l'irréparable et à la prison. Doublement rejetée par Mustafa qui ne pourrait pas épouser une femme qui ne soit plus vierge et un père aveuglé et abruti par ses principes, Wajma voit son sort se décider sans elle, à peine soutenue par une séculaire solidarité féminine (une amie, sa grand-mère et sa mère qui subissent aussi les diktats de l'homme de la maison).

Au pied des hautes et imposantes montagnes enneigées, le pays miséreux n'est que le vaste territoire des dommages d'un conflit sans fin. Dans le froid et la neige, le drame personnel et révoltant de Wajma atteint à l'universalité des femmes bafouées et utilisées comme des objets. Serré et sans concession, le film court et dense agit comme un véritable électrochoc.
Qu'elles viennent du Mexique, d'Afghanistan ou encore de Chine, les nouvelles du monde ne sont décidément guère réjouissantes. Elles n'ont que le triste mérite de redire la puissance et la nécessité du cinéma.
PatrickBraganti
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le 13 déc. 2013

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