Dans Wake Up, un groupe de jeunes activistes décide de s’introduire de nuit dans un immense magasin de meubles rappelant fortement IKEA afin d’y mener une opération de vandalisme. Tags, faux sang sur les murs, dégradations et parties de paintball improvisées : l’objectif est autant politique que performatif. Cachés dans le magasin après la fermeture, ils pensent contrôler la situation. Mais tout bascule lorsqu’ils sont repérés par deux gardiens atypiques, deux frères marginaux dont l’un, Kevin, est un homme instable passionné de chasse et de pièges artisanaux.
Après une altercation qui entraîne accidentellement la mort de son frère alcoolique, Kevin sombre dans une rage incontrôlable et transforme le magasin en véritable terrain de chasse. Les activistes deviennent alors ses proies. Le film glisse progressivement du thriller social vers le survival horror, avec une longue course-poursuite à travers les rayons, les réserves et les faux appartements du magasin.
Le principal intérêt de Wake Up réside justement dans cette utilisation du décor. Le faux IKEA devient une sorte de labyrinthe absurde et mortel où les meubles, les outils et les structures modulaires servent à fabriquer des pièges improvisés. Kevin agit comme une version dégénérée de Rambo enfermée dans un centre commercial, utilisant chaque élément du magasin pour traquer ses victimes. C’est dans cette idée que le film trouve sa personnalité et ses meilleurs moments.
Le design des activistes fonctionne également assez bien. Leurs masques polygonaux représentant des animaux possèdent une esthétique contemporaine intéressante, presque cyberpunk ou post-réseaux sociaux, et participent à cette opposition entre deux mondes caricaturaux : d’un côté une jeunesse militante ultra-codifiée visuellement, de l’autre un gardien brutal, archaïque et primitif. Le film oppose finalement une violence symbolique et militante à une violence physique et animale.
La musique et surtout le sound design contribuent efficacement à installer une tension constante dans les couloirs du magasin. Certaines séquences parviennent même à créer une ambiance étrange où le showroom vide ressemble presque à un espace liminal ou à un décor de backrooms.
Malheureusement, malgré quelques bonnes idées, l’ensemble reste assez classique dans sa mise en scène. Le film souffre parfois d’une photographie un peu cheap et d’une réalisation qui manque d’ampleur. Beaucoup de personnages restent caricaturaux et le scénario ne dépasse jamais réellement son concept de départ. On pense souvent à certains survival movies britanniques mêlant humour noir, violence graphique et second degré potache, sans toutefois retrouver leur efficacité ou leur énergie.
Il reste malgré tout un petit slasher contemporain plutôt sympathique, court, rythmé et porté par un décor original ainsi que par le charisme inquiétant de Kevin. Un film imparfait, mais qui possède suffisamment d’idées visuelles pour éveiller la curiosité.