War on Everyone
5.6
War on Everyone

Film DTV (direct-to-video) de John Michael McDonagh (2016)

Moins connu que son frère Martin McDonagh (Bons Baisers de Bruges, 3 Billboards), la filmographie de John Michael McDonagh est pourtant des plus intéressantes. Son premier film, L’Irlandais (2011), tout comme son deuxième, Calvary (2014) sont de vraies réussites et même son dernier, The Unforgiven (2021) vaut clairement le coup d’œil. Reste celui qui remporte le moins les suffrages, War on Everyone (2016), qui en 2016 tente de bousculer les codes du buddy movie un peu comme le faisait un Shane black avec des films tels que Kiss Kiss Bang Bang (2005) et The Nice Guys (2016). Après visionnage, on comprend la moyenne de 5.8/10 sur IMDB ou 50/100 sur Metacricic car même si War on Everyone n’est pas désagréable, il possède même de très bonnes scènes, l’ensemble semble un peu forcé et le côté ringard qu’il tente de se donner parfois en rendant hommage à un pan de la culture US 70’s, finit par le rendre lui-même un peu ringard. Pourquoi War on Everyone ne fonctionne pas aussi bien qu’un The Nice Guys sorti la même année ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre.


Le réalisateur John Michael McDonagh a déclaré que War on Everyone s’inspirait principalement des années 1970, le décrivant comme « une comédie noire buddy-buddy avec une touche des années 70, un humour visuel et verbal extravagant, des rebondissements narratifs inattendus et la musique de Glen Campbell ». Bien qu’effectivement, on retrouve un peu des 70’s, avec par exemple ses références à Starsky et Hutch (les sessions en voiture, Huggy les Bons Tuyaux qui est cité), War on Everyone ressemble plus à un croisement entre L’Arme Fatale et le cinéma de Quentin Tarantino (s’inspirant lui aussi parfois des 70’s) qu’on aurait plongé dans un bain de politiquement incorrect. On connait tous le principe du good cop / bad cop. Dans War on Everyone, on est sur du bad cop / encore plus bad cop, avec un premier policier, Bob Bolaño, le bad cop, interprété par Michael Peña (American Bludd, End of Watch), père de famille intellectuel qui aime discuter philosophie avec sa femme tout en réprimandant ses enfants obèses, et un deuxième policier, Terry Monroe, joué par Alexander Skarsgård (Tarzan, la série True Blood), l’encore plus bad cop, un géant alcoolique enclin à la violence et fan de Glen Campbell. Ce sont les pires flics imaginables, tous deux sont corrompus jusqu’à la moelle, prenant leur part de chaque cachette ou liasse d’argent qu’ils trouvent, foutant le bordel partout où ils passent. Ils boivent et conduisent, ils se droguent, ils menacent, ils frappent, ils enfreignent toutes les règles du manuel de la police au grand dam de leur chef qui ne casse de les prévenir qu’ils vont finir par être virés. Bien que différents, les deux hommes se ressemblent énormément dès qu’ils sont au travail. L’idée de départ est vraiment bonne, d’autant plus que le duo Peña / Skarsgard fonctionne très bien, l’un étant souvent complémentaire de l’autre et McDonagh semble avoir une grande confiance en ses acteurs pour rendre sympathiques ces personnages hauts en couleurs mais au demeurant totalement méprisables, et ils y parviennent réellement. Peña semble totalement pour l’aise à balancer des saloperies tout du long, et Skarsgard possède suffisamment de charisme pour rendre crédible ce géant de 1m95 au dos vouté, semblant voulant tout détruire dès qu’il arrive quelque part.


L’autre aspect de War on Everyone qui va en sa faveur, c’est sa méchanceté, son politiquement incorrect, son envie de taper absolument toutes les communautés, qu’elles soient ethniques, sexuelles ou religieuses, en balançant constamment des répliques cinglantes, pour ne pas dire outrageantes. Mais c’est aussi une des faiblesses du film car on se rend compte parfois de l’artificialité du procédé. fOn comprend l’envie du réalisateur de se moquer de ces flics cowboy comme il y en avait plein dans les années 70, racistes, misogynes, bourrins, mais ça manque clairement de finesse car tout ça fait un peu forcé, avec des répliques certes funs mais qui sonnent faux au point que le film est au final bien moins impertinent qu’il ne pense l’être. Le scénario vient lui aussi gâcher la fête. On a parfois plus l’impression d’assister à une succession de saynètes qui sont assemblées sans réelle cohérence narrative. Chaque nouvelle scène et chaque nouveau personnage est presque traité comme un petit sketch à part entière et le scénario de John Michael McDonagh a du mal à les relier entre eux. En résulte une certaine lourdeur, certes compensée parfois par une légèreté et un fun bienvenus, mais bel et bien présente qui font que War on Everyone nous semble être bien alambiqué pour pas grand-chose. L’arrivée de sous intrigues ne viennent pas arranger les choses, surtout lorsqu’on se remémore la scène où deux personnages discutent de l’importance d’un scénario dans les films, et que c’est justement le très gros point noir de ce War on Everyone. C’est dommage car en termes de mise en scène, le film est réellement appliqué, aussi bien au niveau des scènes d’exposition, joliment photographiées et cadrées, nous présentant parfois de superbes paysages, que des scènes d’action, dynamique et bien troussées. War on Everyone souffle le chaud et le froid, on a réellement cette impression de bonne idée de départ qui est gâchée par son exécution, et l’ensemble est au final très inégal même si, malgré tout, on ne passe pas u mauvais moment devant son écran.


John Michael McDonagh se la joue cinéaste politiquement incorrect avec son buddy movie bad cop / encore plus bad cop mais son War on Everyone, bien que divertissant, est plombé par un scénario mal fichu, bien moins impertinent qu’il ne pense l’être.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-war-on-everyone-de-john-michael-mcdonagh-2016/

cherycok
5
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le 10 mars 2026

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