Avec Wardriver, la réalisatrice Rebecca Thomas signe un polar nerveux et vicieux où l’arnaque au Wi-Fi devient un jeu de dupes fascinant. On y suit Cole, un hacker (Dane DeHaan, parfait en petit escroc magnétique), qui vide des comptes en piquant les mots de passe sur des réseaux sans fil. Jusqu’au jour où Oscar (Mamoudou Athie, faux jules inquiétant) le force à s’attaquer à une riche cliente. S’ensuit une cascade de trahisons en cascade : un premier vol, une tentative de tout rembourser, puis un retournement de dernière minute. Sans chercher à nous émouvoir, le film mise sur la vitesse et l’adrénaline pure, chaque scène est un coup de poing, chaque regard cache un piège.
Ce qui frappe, c’est l’énergie brute de la mise en scène. Rebecca Thomas filme les nuits californiennes comme un terrain vague et glamour où tout le monde se détruit. Pas de temps mort, pas de psychologie lourde : on passe d’une arnaque à une baston, d’un ordinateur à une voiture lancée plein phares. L’univers est glauque, mais rendu avec une élégance sale qui rappelle les grands polars des années 2000. Et si les personnages restent en surface, on s’en moque : on est là pour le rythme, les retournements et cette faune de requins en costume.
Ce qui donne envie de voir Wardriver, c’est son culot et sa liberté. On n’a pas à aimer Cole, juste à aimer le voir plonger. Les acteurs s’éclatent, mention à Mamoudou Athie en faux gentil et à Jeffrey Donovan en avocat dangereux. Le film assume sa froideur et sa rapidité, et nous embarque dans un manège cynique sans jamais ralentir. Un thriller technique, sec et joueur, qui rend l’arnaque numérique presque sexy. À voir pour le souffle, l’originalité du sujet, et ce plaisir coupable de vibrer pour des héros qu’on ne voudrait jamais croiser la nuit.