Étrange objet cinématographique que le Warfare du duo formé par Ray Mendoza et Alex Garland. Sans jamais parvenir à désamorcer la charge idéologique de son sujet, le film offre toutefois une expérience sensorielle cauchemardesque — particulièrement dans son traitement, exceptionnel, du son. On pourrait y retrouver un peu du Dunkirk de Christopher Nolan dans sa caractérisation quasi-anonyme des personnages, confirmant une évolution post-2010 dans le genre cinématographique traité, mais le recours à l’archive (si étrangement floutée) au générique vient ici aussi troubler le référentiel. On y déplore évidemment tous les poncifs récents du genre, du moudjahidine sans visage aux "fixeurs" couards — le film parvenant même à substituer à l’absence de femmes leur sexualisation pure dès les premières minutes, dans une séquence clipesque si caractéristique de l'industrie récente. Il en reste néanmoins une expérience cinématographique assez traumatisante dans son traitement du temps et des sens, et une inévitable empathie mêlée d’un profond dégoût idéologique. Difficile d'y voir un film de "propagande" et de passer ainsi outre la spoliation d'un huis-clos civil (le lieu-maison) et le bio-utilitarisme irraisonné des "alliés". L’image dans ce qu’elle a de plus sale, en somme. Et c'est aussi ça, du bon cinéma.

vincentbornert
7
Écrit par

Créée

le 23 avr. 2025

Critique lue 73 fois

Warfare

Warfare

8

RobinTholet

le 17 avr. 2025

Suivre

Mordre la poussière : le manuel

Alex Garland persévère dans le film de guérilla urbaine après Civil War, mais opère un virage à 180° dans son approche. Nulle contextualisation géopolitique ici : le cinéaste décide d'immédiatement...

Warfare

Warfare

6

cadreum

le 10 mai 2025

Suivre

On agit, on obéit, on survit et c’est tout

On n’entre pas dans Warfare comme dans un récit : on y tombe, parachuté, sans lumière, avec pour seul guide un groupe de soldats.Ici, ce n’est pas la guerre comme théâtre héroïque, mais la guerre...

Warfare

Warfare

6

Sergent_Pepper

le 20 juin 2025

Suivre

War Room

Alex Garland poursuit une carrière plutôt schizophrène : à l’écriture du nouveau volet de la saga zombie 28 ans plus tard, attendu dans l’adaptation pour A24 du jeu vidéo Elden Ring, il poursuit en...

La Promesse de l'aube

La Promesse de l'aube

6

vincentbornert

le 20 déc. 2017

Suivre

J'ai vécu.

Adaptation de l’un des plus grands romans de la littérature française de la seconde moitié du siècle dernier, La promesse de l’aube d’Eric Barbier est un beau défi pour ce qui est de rendre hommage à...

Detroit

Detroit

6

vincentbornert

le 8 oct. 2017

Suivre

Des droits

Alors que les deux derniers longs-métrages de Kathryn Bigelow interrogeaient l’interventionnisme étasunien au Moyen-Orient, la réalisatrice choisit, avec Detroit, de recentrer sa caméra sur le sol...

Gauguin – Voyage de Tahiti

Gauguin – Voyage de Tahiti

4

vincentbornert

le 21 sept. 2017

Suivre

Koké vide

Alors que l’on voit, depuis quelques années déjà, fleurir les portraits de grands représentants de la culture européenne (de Cézanne à Rodin, de Turner à Karl Marx), Edouard Deluc se plie, lui aussi,...