Warfare
6.3
Warfare

Film de Alex Garland et Ray Mendoza (2025)

Voir le film

Alex Garland poursuit une carrière plutôt schizophrène : à l’écriture du nouveau volet de la saga zombie 28 ans plus tard, attendu dans l’adaptation pour A24 du jeu vidéo Elden Ring, il poursuit en parallèle un cinéma dépouillé et presque expérimental. Une partie de la critique avait déjà reproché à Civil War son manque de contextualisation, et un angle immersif plongeant davantage dans le chaos que cherchant à le raconter. Warfare est le prolongement radical de ce parti pris. De la guerre en Irak, il ne dira pas grand-chose : le récit se limite à une mission d’un peloton de Navy SEALs enfermé dans une maison de civils, et devant composer avec un assaut organisé d’ennemis aussi invisibles qu’anonymes. Une variation sur l’Assaut de Carpenter, en somme, en temps réel, dénuée de musique, où la véracité documentaire semble diriger tous les choix de mise en scène.


Cette épure un peu inconfortable n’est pas dénuée d’intérêt. Dans Civil War, elle figurait le marasme d’un pays parti à la dérive, et ne sachant plus à quel repère s’accrocher. Ici, il s’agit surtout de valoriser l’impératif du temps présent en situation de guerre, où la réactivité, le geste technique et le sang froid garantiront la survie. En découle un film presque froid, attentif à l’exactitude, n’édulcorant rien de la brutalité des blessures, l’intensité de la souffrance ou la limite des perceptions. Tout le travail sur le hors champ est ainsi essentiel, dans ce huis clos aveugle où les protagonistes sont davantage dans la réaction que l’action. Cette approche sur le modèle du reportage (caméra à l’épaule, son assourdissant occultant les paroles) décape le traditionnel récit de guerre à l’américaine où la jeunesse virile accumule les punchlines. C’est aussi l’un des intérêts du film que de montrer des individus hagards, sonnés, improvisant dans un chaos devenu rapidement illisible.


On peut, bien entendu, s’interroger sur le propos tenu, et sur la portée de cette apparente neutralité qui viserait avant tout à restituer la mission d’hommes embourbés dans la violence d’une guérilla. À la manière d’American Sniper, le générique final semble apporter quelques réponses, dans cette traditionnelle ouverture sur le réel, à grands renforts de clichés des soldats ayant inspiré le film (non sans une involontaire ironie puisqu’un nombre conséquent d’entre eux sont floutés), certaines images les montrant sur le plateau en temps que consultants, entorse à l’immersion brute qui remet le film sur les rails bien plus conventionnels.


(6.5/10)

Sergent_Pepper
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Guerre, huis clos, Les meilleurs films sur les guerres d'Irak et d'Afghanistan et Vu en 2025

Créée

le 20 juin 2025

Critique lue 539 fois

Sergent_Pepper

Écrit par

Critique lue 539 fois

10

D'autres avis sur Warfare

Warfare

Warfare

8

RobinTholet

249 critiques

Mordre la poussière : le manuel

Alex Garland persévère dans le film de guérilla urbaine après Civil War, mais opère un virage à 180° dans son approche. Nulle contextualisation géopolitique ici : le cinéaste décide d'immédiatement...

le 17 avr. 2025

Warfare

Warfare

6

cadreum

1032 critiques

On agit, on obéit, on survit et c’est tout

On n’entre pas dans Warfare comme dans un récit : on y tombe, parachuté, sans lumière, avec pour seul guide un groupe de soldats.Ici, ce n’est pas la guerre comme théâtre héroïque, mais la guerre...

le 10 mai 2025

Warfare

Warfare

5

AMCHI

6386 critiques

Peu captivant

Alex Garland revient un an après l'excellent Civil War mais ce nouveau film est beaucoup moins réussi. Contrairement à ce que j'ai lui je ne l'ai pas trouvé immersif, dans le même genre Battle for...

le 10 mai 2025

Du même critique

Lucy

Lucy

1

Sergent_Pepper

3171 critiques

Les arcanes du blockbuster, chapitre 12.

Cantine d’EuropaCorp, dans la file le long du buffet à volonté. Et donc, il prend sa bagnole, se venge et les descend tous. - D’accord, Luc. Je lance la production. On a de toute façon l’accord de...

le 6 déc. 2014

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

9

Sergent_Pepper

3171 critiques

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

le 14 août 2019

Her

Her

8

Sergent_Pepper

3171 critiques

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...

le 30 mars 2014