Alex Garland poursuit une carrière plutôt schizophrène : à l’écriture du nouveau volet de la saga zombie 28 ans plus tard, attendu dans l’adaptation pour A24 du jeu vidéo Elden Ring, il poursuit en parallèle un cinéma dépouillé et presque expérimental. Une partie de la critique avait déjà reproché à Civil War son manque de contextualisation, et un angle immersif plongeant davantage dans le chaos que cherchant à le raconter. Warfare est le prolongement radical de ce parti pris. De la guerre en Irak, il ne dira pas grand-chose : le récit se limite à une mission d’un peloton de Navy SEALs enfermé dans une maison de civils, et devant composer avec un assaut organisé d’ennemis aussi invisibles qu’anonymes. Une variation sur l’Assaut de Carpenter, en somme, en temps réel, dénuée de musique, où la véracité documentaire semble diriger tous les choix de mise en scène.
Cette épure un peu inconfortable n’est pas dénuée d’intérêt. Dans Civil War, elle figurait le marasme d’un pays parti à la dérive, et ne sachant plus à quel repère s’accrocher. Ici, il s’agit surtout de valoriser l’impératif du temps présent en situation de guerre, où la réactivité, le geste technique et le sang froid garantiront la survie. En découle un film presque froid, attentif à l’exactitude, n’édulcorant rien de la brutalité des blessures, l’intensité de la souffrance ou la limite des perceptions. Tout le travail sur le hors champ est ainsi essentiel, dans ce huis clos aveugle où les protagonistes sont davantage dans la réaction que l’action. Cette approche sur le modèle du reportage (caméra à l’épaule, son assourdissant occultant les paroles) décape le traditionnel récit de guerre à l’américaine où la jeunesse virile accumule les punchlines. C’est aussi l’un des intérêts du film que de montrer des individus hagards, sonnés, improvisant dans un chaos devenu rapidement illisible.
On peut, bien entendu, s’interroger sur le propos tenu, et sur la portée de cette apparente neutralité qui viserait avant tout à restituer la mission d’hommes embourbés dans la violence d’une guérilla. À la manière d’American Sniper, le générique final semble apporter quelques réponses, dans cette traditionnelle ouverture sur le réel, à grands renforts de clichés des soldats ayant inspiré le film (non sans une involontaire ironie puisqu’un nombre conséquent d’entre eux sont floutés), certaines images les montrant sur le plateau en temps que consultants, entorse à l’immersion brute qui remet le film sur les rails bien plus conventionnels.
(6.5/10)