Croix/rond/croix/rond... BADHAM !!
Qu’est-ce que ça peut bien donner la version tean-movie 80’s de Point Limite trente ans après les faits ?
La belle surprise, c’est que ça se tient plutôt bien, le mélange est assez digeste, avec un Mathew Broderick toujours aussi à l’aise en adolescent représentatif gentiment beuzenot mais à qui il ne faut pas chercher les morpions dans la tête, quelques scènes inutiles ou à rallonges qu’on oublie vite mais surtout un vrai chouette suspense qui se tient agréablement jusqu’au bout…
Nous ne sommes plus à l’époque des missiles de Cuba mais la guerre froide est encore bien présente nous rappelle gentiment le portrait de Reagan fiché je ne sais où, et ça marche une fois de plus, avec toute une tension de salle de commandement, des petits bidules qui clignotent, des militaires bougons et demeurés, des scientifiques hystériques et demeurés, que du bonheur…
La poule n’est pas forcément une réussite (Ally Sheedy deux ans avant Breakfast Club) mais leur histoire n’est pas trop envahissante, ça donne même ces moments savoureux où ils jouent ensemble sans concevoir les conséquences de leurs actes…
Nous sommes juste après Tron, c’est la préhistoire du héros hacker qui passe son temps sur les bornes d’arcade, c’est mignon comme tout, je ne comprends déjà rien et ça explique probablement que j’ai abandonné l’idée dès ce moment-là mais on reste dans la bidouille électronique, ce qui est quand même le niveau du dessus, avec un petit côté tactile qui entraîne l’adhésion plus facilement que des lignes de codes…
Je ne sais pas du coup comment un gosse d’aujourd’hui peut percevoir une vision informatique aussi éloigné de ce qui fait son quotidien, mais l’essentiel est ailleurs, le grand avantage des films des 80’s sur les décennies qui vont suivre, c’est qu’on a encore le droit parfois à des réalisateurs qui savent filmer normalement, à des monteurs sobres, à des scénaristes qui font des pauses entre chaque intraveineuse et c’est très reposant…
Ici, John Badham remplace Martin Brest pour notre plus grand bonheur et même si le réalisateur de la Fièvre du samedi soir s’est un peu noyé dans la comédie policière dans la décennie prodigieuse qui s’ouvre, c’est toujours avec un minimum de métier bienvenu qui permet de profiter pleinement du machin en court.
Efficace, plus malin qu’il n’y parait, touchant parfois, le film arrive plutôt bien à faire oublier ses grosses maladresses dans le charme des téléphones dévissés et des tiroirs forcés, histoire de ne pas gâcher les enjeux plus sérieux qui se cachent derrière, et franchement, ça a tellement l’air de n’être plus possible aujourd’hui que ça incite à la générosité…