Le film de prison confronte presque toujours ses personnages à une même logique implacable : survivre implique de pactiser avec le mal. De Un prophète au récent Borgo, en passant par les classiques Les Évadés ou American History X, cette mécanique de compromission morale reste un moteur dramatique puissant — et Wasteman ne fait pas exception.
Dans cet univers carcéral brutal, Taylor apprend rapidement que ses principes ne pèsent pas lourd. Pour subsister, il accepte de devenir à la fois coiffeur et coursier pour les caïds, troquant sa dignité contre une relative tranquillité et quelques échappatoires chimiques. Mais l’arrivée de Dee, détenu aussi charismatique que dangereux, bouleverse cet équilibre précaire. Aspirant à dominer la prison, Dee agit comme un véritable catalyseur : face à lui, Taylor ne peut plus rester passif.
Le dilemme est alors frontal : s’allier à Dee pour survivre, au risque de sombrer définitivement et compromettre toute chance de libération, ou le trahir, au prix d’une mort quasi certaine. Le film tient toute sa tension dans cette alternative sans issue.
Au-delà de ce conflit moral, Wasteman séduit surtout par sa mise en scène. Cal McMau adopte une approche sèche et nerveuse, marquée par une esthétique proche du clip — un héritage évident de son parcours — avec des enchaînements rapides d’images, un sens aigu de l’impact immédiat et une vraie créativité formelle, rappelant par moments les débuts de Guy Ritchie. La caméra à l’épaule, intrusive, privilégie les plans serrés et installe une claustrophobie constante, accentuée par la photographie froide et métallique de Lorenzo Levrini.
Le film dépeint surtout un univers d’une violence considérable, où règnent l’impunité et une forme de non-loi. La prison y apparaît comme un territoire hors de contrôle, y compris pour les matons eux-mêmes, relégués à une présence fragile, parfois impuissante. Cette impression d’abandon institutionnel renforce la tension permanente et le sentiment de danger diffus.
Enfin, le film doit beaucoup à son duo d’acteurs : la fragilité contenue de David Jonsson contraste efficacement avec l’énergie imprévisible et menaçante de Tom Blyth, donnant à leur affrontement une intensité constante.
Wasteman s’impose comme une proposition solide pour un premier long-métrage formellement audacieux, portée par une mise en scène incisive et un dilemme moral efficace, même si certaines zones d’ombre et questions demeurent irrésolues.