Attention la critique contient des spoilers !!!
J'ai jamais vraiment osé lancer Whiplash (mon Dieu que de regrets), et aujourd'hui je rêve d'oublier ce film pour le regarder à nouveau. Pourquoi étais-je sceptique ? Un film sur la batterie, franchement ça ne m'inspirait rien, et pourtant au vu de la critique je me sentais obligé de lui donner sa chance, forcément qu'il y avait plus qu'un film sur "la batterie".
Et quel surprise, quel régal, Whiplash nous mène en réalité sur plusieurs terrains, celui du Coach Carter version High School Musical, pour ensuite retomber dans le drame et les ténèbres. Parce ce que ce film est en réalité une tragédie, et la plupart de ceux qui l'ont regardé s'en sont rendu compte, il n'y a rien de glorieux dans cette relation entre Andrew et Fletcher et c'est là que c'est intéressant.
Le schéma du prof "dur" qui construit des talents, c'est le plat réchauffé qu'on nous sert au début (et c'est volontaire !) mais en réalité Damien Chazelle cherche avant tout à tester notre capacité d'humain et notre équilibre entre empathie et succès professionnel. Andrew est déterminé à être le meilleur et Fletcher est déterminé à créer le meilleur et c'est pour cette raison qu'il projette sa vision cruelle de "l'apprentissage" sur les autres. L'un à besoin de l'autre et vice-versa.
La relation de nos deux protagonistes n'est pas celle d'un mentor et d'un apprenti, mais plutôt celle d'un harceleur et de sa victime où chacun cherche à prendre émotionnellement le dessus sur l'autre et le détruire. Le profil qu'on nous sert d'Andrew est erroné, ce n'est pas le gentil gars timide qui veut se faire aimer, c'est plutôt un homme déterminé à atteindre son but et qui considère les autres personnes comme "moyennes" car elle ne correspondent pas à SA propre vision.
Quand on voit qu'Andrew est prêt à pactiser avec le diable (Fletcher) pour atteindre son but, on peut en conclure qu'il ne se soucie que d'une chose : "la réussite". Il n'est pas l'humain empathique et sociable qu'on voudrait qu'il soit mais la machine de guerre qu'il a voulu devenir dans la douleur. Et Whiplash est douloureux, tellement douloureux qu'il rend la musique (qui est à la base quelque chose de très élégant) en un art plus viscéral, organique et militaire où la présence de sang et de sueur est nécessaire.
Le film est sombre également par ses décors étroits, froids et peu lumineux où volontairement on ne nous montre jamais le visage du public pour créer cette distance entre le musicien et "les simples spectateurs", au fur et à mesure que le film avance la caméra filme uniquement Andrew et Fletcher traduisant leur relation toxique. La performance des deux acteurs principaux est magistrale et donne à ce film cette dimension de "puissance émotionnelle" qui monte crescendo.