Le film s’ouvre sur un homme vu depuis un balcon. Il vole des sous-vêtements de femmes ; on apprendra qu’il a un fétichisme : il aime se goinfrer dans des sous-vêtements.
Un jour, il reçoit du courrier : un DVD qui contient une vidéo de lui pendant son vol. Nous allons le voir sombrer dans la paranoïa et l’anxiété, et suivre, d’un autre point de vue, celle qui l’a filmé.
Le scénario est assez basique, presque du déjà-vu : le message moral semble simple “ce n’est pas bien d’observer les gens” et sur ce point, on a rapidement compris. Pourtant, le film gagne en intérêt lorsqu’on le replace dans le contexte taïwanais. Notre protagoniste vit seul dans un appartement et passe ses journées à travailler comme libraire, un quotidien banal qui accentue son isolement. Les jeunes Taïwanais subissent souvent une solitude urbaine marquée ainsi qu’une certaine misère affective, et cette réalité apparaît subtilement à travers le personnage. À mon avis, le réalisateur a voulu évoquer ces problématiques sans en faire un thème central : elles restent en arrière-plan, mais donnent de la profondeur au personnage et à son malaise.
La manière de filmer nous fait comprendre dès les premières minutes que nous ne visionnons pas simplement un film, mais que nous sommes en réalité en train d’observer un homme dans son intimité. Les premières images, filmées depuis un balcon, sont en réalité les mêmes que sur le DVD : nous sommes des voyeurs et on le comprend rapidement. On a des plans fixes qui ne cherchent pas à mettre le protagoniste au centre de l’image, mais qui pourtant nous forcent à l’observer, des plans-séquences où nous sommes assez éloignés du personnage comme si on le suivait. Cela renforce cet aspect malaisant de l’œuvre.
Le film est en deux parties et j’y vois ici un défaut plutôt qu’une qualité. Dans cette deuxième partie, c’est du ouin-ouin et du rachat de conscience pendant 40 minutes : on souffle. Le film aurait fait un excellent moyen-métrage, pas besoin de le tirer sur 1h30.
Je ne le recommande pas forcément : c’est chiant pendant la deuxième moitié, mais si vous voulez le voir, je n’irai pas vous convaincre de ne pas le regarder