La femme qui voulait être (herm)Aphrodite

Deuxième journée du RIFF, j’assiste à cette séance tardive dont je n’avais aucune attente particulière, si ce n’est qu’elle était suivie d’un échange avec les réalisateurs.


Le film s’ouvre sur une chambre d’hôpital : un patient meurt dans son sommeil et est transféré le matin même à la morgue. Masha, une jeune mannequin biélorusse qui sort tout juste d’une tentative de suicide, assiste à la scène et s’intéresse à cette funeste institution. Elle y rencontre Misha, un peintre aux toiles sombres mais surtout un homme du métier, qui s’occupe de cadavres depuis vingt ans. De cette rencontre naîtra une relation aussi harmonieuse que fragile.


L’une vit dans le monde de l’image, du paraître et surtout du jugement. Que ce soit par sa manageuse ou par elle-même, la pression de l’apparence est constante. Des exercices de respiration au masque de peau, en passant par la posture ou le jeûne forcé, tout est optimisé pour la rendre la plus cataloguable possible. Mais les félicitations de sa mentor, les rituels conseillés par sa mère ou les jalousies de ses collègues mannequins ne lui permettent pas de se débarrasser d’un mal qui la ronge profondément.

L’autre vit auprès des morts, c’est le directeur de la décomposition, mais aussi le garant du traitement décent des défunts. Son corps tatoué d’illustrations, plus ou moins symboliques, reflète le moteur réel de son existence : la peinture. Homme modéré et croyant des mythes locaux, il voit dans l’art l’expression de la souffrance et l’écho de l’âme en composition.


La relation fragile de ces deux êtres offre un refuge face à la solitude, tandis que la pression politique et économique d’une Biélorussie autoritaire (sous le gouvernement de Loukachenko) menace de briser cet espace intime. Le film met d’ailleurs en scène un emprisonnement à double niveau : une cellule politique, avec le problème de visa rencontré par Masha, et une cellule artistique, pour l’art incompris et diabolisé de Misha.


Si l’on peut acclamer l’élaboration d’une relation qui nous tient à cœur (la recette des opposés qui s’attirent est toujours efficace) il faut en faire de même pour l’appropriation spatiale des lieux. La ville de Minsk, capitale du pays, dégage autant l’ambiance sous tension du pays avec ses rues mal éclairées que l’exigence permanente qui pèse sur la mannequin, marchant à toute allure dans les avenues dégagées et manifestes. De son côté, le médecin légiste se précipite constamment vers les espaces clos. Que ce soit sa morgue, sa chambre, une maison abandonnée, une forêt ou le trou d’un arbre, il ne se sent à l’aise qu’entouré de ce qu’il connaît. Il avouera d’ailleurs à la fin qu’il n’a jamais quitté la maison de sa mère, non seulement parce que l’envie ne lui en est jamais venue, mais aussi parce que « j’en suis peut-être apeuré ».


Dans la lignée de Sing Sing et Kneecap, Marya Imbro et Mikhail Senkov jouent des versions fictionnalisées d’eux-mêmes. Le film dépasse alors la simple romance et prend des proportions documentaires d'une société biélorusse déconstruite, s'inquiétant patiemment de son sort tandis que l'artillerie dérisoire triomphe sur les tableaux fondamentaux.

Créée

le 27 sept. 2025

Critique lue 6 fois

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