Festival de Deauville, les vraies vedettes du tapis rouge sont dans la place, deux des papys centenaires du film sourient, avancent doucement et timidement, pensent ne pas mériter toute la clameur de la foule, quand une jeune ado leur fait un câlin en précisant que sans eux, elle ne serait probablement pas là. Émotion vive (tout le monde chiale, disons-le franchement, et l'on ne s'en exclue pas), donnant une des plus belles images historiques qu'on a pu voir. Le documentaire est la version 1h17 de cet instantané magique et tragique. Why We Dream interroge les papys et une mamie qui ont fait la Seconde Guerre Mondiale, suit leur périple sur les plages de Normandie où ils se souviennent de leurs amis tombés sous leurs yeux (et croyez-nous, quand on vous dit que voir un gentil petit papy de 100 ans s'effondrer en sanglots est certainement l'une des visions les plus tristes qui soient), les accompagne dans la commémoration-anniversaire du Débarquement (avec notre cher Président pour leur remettre la médaille, ils ne méritaient pas ça, pauvres vieux... Heureusement qu'après, les jeunes débordant de gratitude arrivent, et leur font tout oublier), leur consacre du temps pour qu'ils racontent leur vie après la Guerre, et on est loin des films patriotiques hollywoodiens. Le papy de couleur est revenu en pensant que les honneurs militaires suffiraient à recouvrir sa couleur de peau, mais il a déchanté en subissant de plein fouet la Ségrégation raciale des années 40 et 50 (même l'Armée ne lui a rien accordé des privilèges auxquels il avait droit, pas même une invitation aux retrouvailles des survivants... *Soupir profondément triste* du papy, on est bout de notre vie). Il y a aussi cet autre petit vieux qui est tombé sur une âme charitable et respectueuse, un homme qui a décidé de consacrer le reste de sa vie à s'occuper de ce vétéran (étant lui-même un rescapé de l'US Army), comme les systèmes sociaux ne sont pas connus aux États-Unis... Mais dans tout ça, les papys arrivent encore à rire de la Guerre, de cet homme aguicheur (bien que mal en point) que la mamie a vu sur un brancard quand elle était infirmière (qui est devenu son fiancé par la suite), de leurs déconvenues au retour, ils adorent rencontrer les gens, et les gens adorent les rencontrer, et le docu se permet même de terminer sur une petite blague qui fait un bien fou : un papy (celui qui a triché sur son âge pour s'enrôler) fête ses 100 ans, et reçoit en cadeau un billet de 100 dollars (un par année, vivement le millénaire, a-t-il l'air de plaisanter), un vrai moment de joie et de bonheur, qui conclut une heure et quart de mélange d'émotions diverses, mais toujours très vives. Devant cet hommage, comme devant ces héros de la liberté, il n'y a qu'un mot à dire : Merci.