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Adapter Wicked au cinéma semblait presque évident tant la comédie musicale est devenue culte. Pourtant, le passage de la scène au grand écran révèle autant de qualités que de limites. Le film impressionne par son ampleur et par le soin apporté à son univers, mais il donne aussi régulièrement l’impression de ne jamais exploiter pleinement le potentiel du cinéma.
Dès les premières minutes, on sent la volonté de créer un grand spectacle. L’univers d’Oz est extrêmement travaillé : les décors sont immenses, les costumes très détaillés et chaque lieu possède une identité visuelle forte. L’univers de l’université de Shiz, par exemple, est particulièrement réussi. L’architecture, les couleurs pastel, les foules d’étudiants et les chorégraphies donnent vraiment la sensation d’un monde vivant. Dans les scènes de groupe, notamment lors des numéros musicaux, la caméra circule entre les personnages et les décors, ce qui donne une vraie énergie visuelle.
Le film fonctionne particulièrement bien quand il assume pleinement son aspect musical. Certains numéros prennent de l’ampleur grâce au cinéma. Par exemple, lorsque les personnages chantent dans des décors ouverts ou au milieu d’une foule, la mise en scène peut jouer avec l’espace, les mouvements de caméra et les figurants d’une manière impossible au théâtre. On ressent alors une vraie montée émotionnelle, renforcée par l’orchestration et l’ampleur des images.
Mais ces moments réussis sont parfois contrebalancés par un rythme étonnamment lent. Le film prend énormément de temps pour installer les relations entre les personnages, et certaines scènes semblent s’étirer plus que nécessaire. Plusieurs dialogues explicatifs ralentissent l’histoire alors que l’on comprend déjà les enjeux. Par exemple, la rivalité entre les deux héroïnes est présentée de manière très insistante au début, alors que quelques scènes plus courtes auraient suffi à faire passer la même idée.
Cette lenteur est probablement liée au fait que l’adaptation reste très fidèle à la structure de la comédie musicale. Sur scène, cette structure fonctionne parce que les chansons et les changements de décor rythment naturellement le spectacle. Au cinéma, en revanche, certains passages donnent l’impression que le film attend simplement le prochain numéro musical pour relancer l’intérêt.
Le cœur du film reste la relation entre les deux héroïnes. Leur dynamique est ce qui maintient l’intérêt sur la durée. Au départ, tout les oppose : l’une est rejetée à cause de son apparence et de ses pouvoirs, l’autre incarne la popularité et la superficialité. Les premières interactions entre elles sont souvent teintées d’ironie et de moquerie, ce qui crée des moments assez amusants. Petit à petit, leur relation évolue vers quelque chose de plus complexe, entre rivalité, admiration et amitié. Ce développement constitue clairement la partie la plus intéressante du film.
Cependant, même dans cette relation centrale, le film manque parfois de subtilité. Les émotions sont souvent très appuyées. Là où quelques regards ou silences auraient pu suffire, le film choisit souvent d’expliquer explicitement ce que ressentent les personnages. Cela rend certains moments un peu moins naturels.
Un autre aspect qui peut frustrer est le déséquilibre entre le spectacle et l’intimité. Le film sait créer des images impressionnantes, mais il peine parfois à créer des moments vraiment intimes entre les personnages. Certaines scènes qui devraient être très fortes émotionnellement semblent presque noyées dans la mise en scène ou dans la durée.
Malgré ces défauts, Wicked reste un film divertissant. On sent une vraie ambition artistique et un respect pour l’œuvre originale. Les fans de la comédie musicale retrouveront les éléments qui ont fait son succès : les chansons marquantes, les personnages emblématiques et l’univers d’Oz revisité sous un angle différent.
Mais en tant que film, l’adaptation laisse un léger goût d’inachevé. On a souvent l’impression d’assister à une version très luxueuse d’un spectacle déjà existant plutôt qu’à une réinterprétation cinématographique complète. Le potentiel est immense, mais tout n’est pas exploité.
Créée
le 6 mars 2026
Critique lue 9 fois
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