Sur le strict plan cinématographique, "Wild Style" s'avère particulièrement kitsch et désuet. Avec ses artistes appartenant à la culture hip hop naissante au début des années 1980, on nage en plein idéalisme, reflet d'une époque qui portait ses espoirs chevillés au corps, ça en devient carrément touchant quand on le regarde, rétrospectivement. En plus de ça, le film se structure comme une fiction, qui n'est qu'un prétexte pour apporter des éléments documentaires et didactiques sur le mouvement qu'il entend dépeindre, et suit quelques fils narratifs hautement superficiels, à la lisière du ridicule. On est davantage porté par le côté doucement rétro des séquences chorégraphiées, ou un peu plus artistiques disons : même si rien n'est naturel, c'est malgré tout l'occasion de pénétrer dans l'environnement new-yorkais du Bronx à cette époque, sous de nombreuses perspectives — break dance, rap, graffitis, turntablism, etc. Il y a un petit côté documentant qui raconte la genèse de la culture hip hop sous la forme d'une proto-comédie musicale, c'est à la fois touchant, naïf, maladroit.
À vrai dire je ne connaissais aucun des artistes (bien réels : Fab Five Freddy, Lady Pink, The Rock Steady Crew, The Cold Crush Brothers, Queen Lisa Lee de la Zulu Nation, Grandmaster Flash et ZÉPHYR) qui interviennent dans le film, et notamment celui qui occupe une place centrale ici, Lee George Quinones, apparemment un des plus célèbres graffeurs américains. Il est au cœur d'une petite crise existentielle mise en scène avec la même maladresse et la même naïveté que le reste, sur le thème de l'impossible conciliation de ses aspirations artistiques avec le reste de son être. Au milieu, le personnage d'une journaliste interviewe tout ce monde, et se fait le fil rouge d'affrontement éthiques entre bandes rivales : grosso modo, les graffeurs authentiques et intègres opposés à ceux qui ont préféré se tourner vers la peinture murale légale qui finira par être exploitée commercialement.
C'était avant la naissance du gangsta rap qui marquera un tournant radical dans cet océan d'idéalisme gentil et mignon.