Winter's Bone sent bon le film primé à Sundance, l'objet indépendant et brutal qui filme avec âpreté et condescendance une Amérique profonde dont il grossit le trait de la violence et de la noirceur.


Winter's Bone c'est tout ça, c'est vrai. Mais c'est réussi.


D'une part (et d'une grosse part), grâce au charisme incontestable des comédiens (Jennifer Lawrence, John Hawkes, Dale Dickey et j'en passe) qui font de ce qu'un scénario raté aurait rendu animaux vulgaires et grossiers des personnages profondément humains, sombres et tristes. Avec de vrais rôles féminins marquants.


D'une autre part grâce à l'absence d'émotion qui s'en dégage. On ne prend pas en pitié le personnage principal, dont la situation tragique inviterait à la condescendance, car celle-ci ne le demande pas. Sa fermeté, sa détermination dans sa recherche, sa dureté de ton et de visage nous rejettent. La plaindre serait l'insulter. Cette violence permet au film de faire fi de toute émotion, et de rendre le voyage aussi noble que dur. Car l'approche, quasi documentaire (avec sa flopée de personnages dignes des petites villes américaines comme on se les imagine tous), rude et sans fard, si elle est parfois lassante, est le reste du temps souvent très juste, ne perdant rien de ses qualités esthétiques (jeux de lumières,...). Errant dans ce que la réalisatrice filme comme une terre abandonnée, comme un décor de film d'horreur post-apocalyptique, presque angoissant, notre personnage principal fera tout pour retrouver cet homme qui est son père, ce qu'au fond elle semble ne pas vouloir avouer.


Enfin, parce que le film est dur, sombre, glauque certes, mais n'abuse pas de la trop grande violence, n’exagère pas la noirceur de son récit, profitant même pour réussir son final, happy-end en demie-teinte, bercé par les notes mélancoliques d'un banjo.

Créée

le 1 mai 2016

Critique lue 192 fois

Charles Dubois

Écrit par

Critique lue 192 fois

1

D'autres avis sur Winter's Bone

Winter's Bone

Winter's Bone

6

Aurea

540 critiques

Une autre Amérique

Un grand et beau film, sombre et dur, ou la quête d'une adolescente de 17 ans, isolée avec sa mère incurable et ses jeunes frère et soeur dans l'Amérique profonde du Missouri. Animée d'une foi...

le 25 juil. 2011

Winter's Bone

Winter's Bone

8

VaultBoy

99 critiques

Alors c'est ça, l'Amérique d'en bas ?

Le Missouri, déjà à la base, ça ne fait pas rêver. On y passerait sans doute pas ses vacances. La civilisation y semble au point mort, comme si l'humanité n'était plus concernée que par la survie des...

le 13 mars 2011

Winter's Bone

Winter's Bone

8

takeshi29

1682 critiques

Du cinéma indépendant de très haute tenue

Le cinéma indépendant américain recèle des trésors perdus au milieu de trop nombreux produits préfabriqués "Sundance", et en voici un sublime exemple (d'ailleurs récompensé par le prix du jury ainsi...

le 1 juil. 2011

Du même critique

Au boulot !

Au boulot !

7

Charles_Dubois

1044 critiques

"On prend sur soi."

Il y a au départ la petite histoire qui donne son origine cocasse au film : la rencontre, tumultueuse pour le moins, de François Ruffin avec Sarah Saldmann, chroniqueuse sans grande finesse du...

le 2 oct. 2024

La Tête haute

La Tête haute

3

Charles_Dubois

1044 critiques

"Seule contre la justice ! J'les encule tous ces bâtards !"

Oreilles pudiques s'abstenir. Ici on est dans du réalisme madame. Du vrai. "La Tête Haute" est typiquement le cinéma que je vomis. Celui qui se dit "social" et qui de ce postulat décide de se...

le 13 mai 2015

La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

8

Charles_Dubois

1044 critiques

"Le drame de ma vie c'est de t'aimer."

La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé est probablement l'œuvre la plus dure et la plus mure de Xavier Dolan, construite comme une compilation presque étouffante de tous ses thèmes, de toutes...

le 21 févr. 2023