La trame du film comporte une multitude de scènes exemptes de toute notion d'exaltation, vastes cadrages où chacun, dans sa poreuse morosité, s'engorge de la grisaille céans. Ces visages se décevant mutuellement, comme si certain faix les alourdissait - quotidien? absurdité existentielle? -, outragent le spectateur par un renvoi à sa propre médiocrité. En témoigne le sentiment que j'expérimentai lorsque retentirent les tessitures de la chanson finale, violentes : une sorte de nausée m'engourdissant la gorge, explicitant enfin ce qu'il en coûte de vivre vain.
Ainsi, bien qu'il s'agisse d'une comédie, il m'appert inconcevable de s'esclaffer à son égard ; car la gravité avec laquelle est abordé ce thème de l'adolescence insensée enfouit sous un monticule d'agonique tristesse tout l'amusement que l'on pourrait éprouver. Bien sûr, l'enfant qui, à la question usuelle, « que souhaites-tu être lorsque tu seras grand? », répond qu'il désire devenir orphelin, suggère un certain rictus - mais n'est-il point plutôt question, ici, d'amer désespoir, si amer qu'il semble trop rude d'en pleurer? Toujours est-il que cette scène procure un réel désœuvrement à cette histoire.
D'ailleurs, la mise en scène contribue à appuyer l'aberration des rapports. À revers des autres réalisateurs accoutumés à l'insanité, dont le caractère singulier naît parmi les esthétisations nombreuses de l'étrangeté - Yorgos Lanthimos, par exemple -, Hongqi s'échine à l'enceindre d'une apparente normalité sans grand arroi. Voici alors qu'une soudaine proximité d'avec les protagonistes, laquelle surligne l'humanité derrière les maux, nous rapproche de cette lente déréliction.
J'ai beaucoup aimé.