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le 29 mai 2014
SuivreEvery dog has its day *
Plébiscité par un certain nombre de personnes autour de moi, dont un bâtard bourré que je ne nommerai pas dans un souci d'anonymat mais que je remercie quand même, Wrong nous narre les aventures de...
Le talent de Quentin Dupieux est de parvenir à composer avec tout un attirail de thèmes de société et de le couler dans un embrouillamini qui s'avère très limpide une fois passé au crible de la réflexion. Je vais tenter de vous faire une petite démonstration qu'il serait au mieux paresseux, au pire inepte, de considérer qu'un tel film n'est que pur délire et se visionne "sans rien en chercher à comprendre".
(SPOIL)
Rien que le titre est anonciateur de ce que va tenter d'exposer le film, à savoir ce qui "cloche" dans la réalité du monde vue par son réalisateur. Et il va le faire en détournant le réel, en faisant bifurquer le sens commun pour installer la trame dans une suite d'instants qui outrepassent les limites des normes sociales, culturelles, rituelles de notre société. Pour montrer ce décalage entre le réel et ce qu'il y a lieu de ridiculiser de ce réel, il utilise beaucoup la caricature, l'hyperbole, le second degré - parfois avec énormément d'humour. Le maître mot de ce film est évidemment l'absurde, parce qu'il a compris qu'il n'y a rien de plus efficace qu'utiliser l'absurde à l'écran pour dévoiler l'absurde du réel.
Parmi les choses qui "clochent" dans la société, Quentin Dupieux s'attaque ostensiblement par exemple au monde du salariat. Il expose l'aliénation au travail par un décor de bureau dans lequel il pleut continument, et une forme de servitude volontaire de l'employé qui continue de venir faire semblant de travailler malgré son licenciement de l'entreprise. La stigmatisation outrancière des collègues de travail fait la critique de ce que le travail confère au statut social de l'individu ; et lorsque Dolf est invité à ne plus mettre les pieds au bureau, le film veut souligner par ce double renvoi le caractère précaire de l'emploi.
De telles critiques de la société, le film en fait à tout bout de chant. Pour éviter d'être redondant dans la rédaction, voici à la louche quelques autres interprétations que l'on peut lire derrière différentes scènes que propose WRONG :
C'est l'imbrication de tous ces éléments les uns dans les autres qui donne au film un caractère monstrueux, et lui aussi en apparance absurde. On pourrait presque penser que Dupieux a voulu condenser tellement de thèmes qu'il a du comprimer le temps, et que le format de long métrage l'a obligé à des compromis sémantiques qui rendent WRONG inaccessible pour qui préfère gamberger sur des sentiers battus.
On ne peut donc comprendre l'énormité de cette oeuvre que lorsqu'on la retourne complètement : il ne s'agit pas d'un récit utilisé pour transmettre des messages au spéctateur, mais bien plutôt une suite de messages qui construisent à hue et à dia un semblant de récit.
Le fond prime tant sur la forme que l'histoire n'a finalement aucune importance, les personnages sont écrits pour ne faire que conduire aux signes. Une bonne manière de s'en rendre compte est de voir comment est traitée l'émotion : le seul personnage capable d'en véhiculer est Dolf, et on a pourtant presque envie de lui coller une mandale quand il pleurniche pour son chienchien. Ce film se fiche littéralement de lui-même! L'autodérision est instillée partout, en témoigne par exemple l'utilisation de musiques à tonalités graves qui donnent une fausse tension à des scènes oiseuses, lors même que le spectateur en ressentira un vrai malaise - ce qui est d'ailleurs particulièrement fort.
Ce film ne cherche pas l'identification, l'émotion, le spectaculaire, le divertissant, le suspense. Il s'affranchit des codes cinématographiques, et non pas simplement pour le plaisir coupable de lever le majeur, mais en pointant le ridicule de nos codes sociaux pour faire émerger une cinglante remise en question du réel et du mode de fonctionnement humain.
WRONG n'est pas juste le récit d'amour entre un maître et son chien, ou une critique de la vie de famille. Ce film s'attèle à critiquer le tout pour soi, tout pour l'image, les bons sentiments fades et inutiles, ainsi que tous les lieux-communs absurdes qui dirigent notre société vers toujours plus d'artifice et l'éloignent des fondements moraux de nos valeurs communes. C'est un cri d'alarme désopilant, un portrait original d'une société ridicule.
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Créée
le 1 déc. 2016
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