J'aime beaucoup le ton de ce cinéma-là, encore plus épuré que l'autre film d'Idrissa Ouedraogo que j'ai vu, "Samba Traoré" (1993). Une histoire marquée par sa simplicité et sa beauté, dans un village du Burkina Faso à la frontière du Sahel. Le choix du titre, c'est très probablement le choix que doit faire (même s'il semble s'imposer) une famille confrontée aux difficultés pour survivre dans une région dont les terres restent peu fertiles d'année en année : rester là et attendre l'aide internationale, ou bien tout quitter et partir pour un ailleurs plus favorable. "Yam Daabo" suit ainsi un groupe formé autour d'un paysan ayant décidé de tout quitter pour démarrer une nouvelle vie, et oublier la faim comme la soif.
À la faveur de ce nouveau départ, Ouedraogo filme avec beaucoup de délicatesse et d'élégance les péripéties qui rythment la vie quotidienne, les flirts et les jalousies, les tâches routinières et le travail au champ. Sa caméra observe avec beaucoup de tendresse la relation qui unit deux amants, sous l'œil (dans un premier temps) réprobateur du père, et avec en toile de fond une rivalité de plus en plus inquiétante. "Yam Daabo" pourra déstabiliser par la parcimonie de ses dialogues et le dépouillement de sa mise en scène, mais cette façon très elliptique et fragmentaire de relater la culture des terres, la naissance d'un enfant, ou les voyages à la ville jouit d'un charme singulier à mes yeux. On pourrait appeler ça aller à l'essentiel, en saisissant une matière très brute, et le résultat produit autant des séquences surprenantes (la mort soudaine d'un enfant) que des pauses poétiques (les nombreuses traversées de paysages désertiques à la végétation particulière).