Encore un thème de discorde entre Télérama et moi; en la matière, ça ne sera certainement pas le dernier. Attirée par une critique plutôt enthousiaste qui rapprochait ce film de la série Los años nuevos, je m'attendais à une narration maîtrisée traitant des amours d'une génération balbutiante qui n'est pas la mienne, dans un pays que j'adore. Disons que j'ai plutôt vu une narration balbutiante ayant pour sujet une génération carrément paumée, malgré ses codes très affirmés. Mais cette heure 25 m'a donné l'occasion de me demander si ces codes franchement arbitraires, comme le sont toutes les modes, ne se substituaient pas à de vrais traits de caractère, par défaut. Nous voilà à partager le quotidien mollasson de deux colocataires franchement flegmatiques, pas du tout portés sur le rangement, le travail ou la propreté; bon, ne leur lançons pas la pierre tout de suite, on a connu des maniaques très à cheval sur tout ça qui, au bout de leur vie, en sont revenu(e)s, ayant eu l'impression de sacrifier leurs belles années à des mirages aux alouettes chronophages et vains. Pour autant, pas de quoi non plus se vautrer dans le nihilisme le plus radical. Il doit bien y avoir moyen de trouver une voie médiane et de retrouver le numéro de son coiffeur. Nos grands ados, suivis ici au plus près, on les dents blanches, déjà, c'est un soulagement, mais, pour le reste, mettent un point d'honneur à se saccager physiquement, en calquant leur idéal visuel sur un yéti passé sous une tondeuse à gazon et fringué chez Emaüs, au rayon géants. Allez, admettons, il ne faut pas se fier aux apparences. Sous ces airs débraillés prospèrent certainement des caractères inventifs, généreux et plutôt vifs. Ben non plus, non, on en revient vite. Déjà, on ne peut pas manger dans la même pièce qu'eux; autant emporter son plateau repas à l'étable. Et vas-y que ça piaffe en laissant l'occasion aux autres de faire l'inventaire complet de leur futur bol alimentaire en phase d'humidification ! J'ai pensé aux spaghettis de la Vie d'Adèle, un vrai traumatisme. Si vous me trouvez chochotte (la bonne blague, j'ai grandi dans un monde où les espagnols des deux sexes crachaient à tous les coins de rue !), poussez jusqu'aux toilettes... Rien que 5 scènes de miction, Almodóvar passe pour un amateur. Passionnant, hein ? Vous me direz encore, qu'est-ce qui interdit de représenter tous les aspects de la vie physique à l'écran, hein ? Oui, rien, en effet, vous auriez raison, mais de là à passer un bon moment, ou à recommander l'expérience aux copains, il y a l'équivalent d'un marathon entrepris à cloche-pied par une limace. Boooon, alors, zou, une fois qu'on a pris sur soi pour encaisser une telle dose de réalisme militant (bon, on milite pour ce qu'on peut aussi, hein...), on en arrive à l'histoire en elle-même. Voilà t'y pas que notre grand jeune homme qui pose nu pour des peintres en guise de gagne-pain (comme il est libre dans sa tête ! ^^) zone toute une nuit dans Barcelone, fait des rencontres, perd ses godasses et rentre à la maison parce que sa colocataire le plante-là. On devine qu'il en pinçait un peu pour elle. D'ailleurs, il a couché avec une fois, mais comme on l'a vu tenté par une expérience similaire avec une nana dont il ne connaissait même pas le prénom, on peine à y voir un indice décisif. Ce que le film veut nous dire, c'est que ces jeunes-là sont supers, parce qu'ils sont désinhibés. Ils se regardent pisser et baisent avec la même désinvolture. Bon, ben super, on est contents pour eux. Sauf que ça aurait dû s'arrêter là... quand le gars retrouve celle qui va le laisser tout seul pour regarder ses films Netflix dans le lit qui jusque là leur servait de salon (oh la la, osé aussi, ça, hein ?) - et là arrêtez de lire si vous ne voulez pas savoir LE truc qui finit par se passer - notre grand dadet jusque là assez falot manque l'étouffer sous un coussin du canapé cradoque qui leur sert de table de cuisine. Alors, là, l'incompréhension des grandes personnes est à son comble ! Qu'est-ce que c'est que toute cette liberté revendiquée qui finit en féminicide post-MeToo comme chez Papi Quique ? C'est bien la peine de se la jouer super cool et au-delà des conventions bourgeoises qui ont plombé la jeunesse de leurs aïeux si c'est pour péter les plombs dans une violence domestique à bas bruit à la moindre contrariété sentimentale. Franchement. Alors, il me faut avouer je ne sais pas si la cinéaste a voulu justement dénoncer cette inconséquence, ça n'est pas l'impression que ça donne, ou si elle a vu là le climax haletant d'un suspense qu'elle est la seule à avoir trouvé insoutenable... Difficile donc de conclure, je laisse le débat à nos scientifiques les plus courageux, mais, pour ma part, j'ai passé un sale moment et je me garderai, dorénavant, de me pencher sur les productions interdites aux moins de 30 ans.

Créée

le 1 mars 2026

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