"Yokai - Le monde des esprits " s'inscrit notablement dans cette catégorie de films que j'ai vu au tout début de l'année, en mars pour être précis et qui mois après mois, au fur et à mesure des corrections et mises à jours que je fais de mon classement subjectif des meilleurs films découverts cette année, reste haut dans mon appréciation.
Le film n'a me semble t'il pas ou peu été commenté et je crois que sorti des circuits arts et essais il a été peu distribué, et à ce jour (20 septembre 2025) je n'ai toujours pas vu dans les rayons de versions DVD ou BR qui pourraient lui ouvrir une nouvelle vie.
C'est dommage car cette proposition franco-japonaise aurait mérité un peu plus d'attention, par son synopsis d'abord, qui m'avait assez intrigué à l'époque pour m'asseoir dans un cinéma, une chanteuse française dont la carrière en Europe n'est plus qu'un souvenir ému pour ses fans désormais âgés voit au contraire sa popularité être toujours vivace au Japon, où elle se rend pour un tour de chants. Malheureusement elle décède après un de ses récitals et se retrouve dans le monde des esprits, où elle fait la connaissance de son plus grand fan japonais qui lui servira de guide dans l'au-delà.
Si je devais le résumer en une phrase, c'est une histoire de fantômes dans laquelle ce ne sont pas les vivants qui doivent faire leur deuil, mais les disparus qui doivent accepter leur mort pour se détacher du monde réel et entamer la nouvelle étape de leur voyage. Une idée qui me fait penser à deux films que j'aime beaucoup "A ghost story " de David Lowery et "Presence " de Steven Soderbergh, même si le traitement qu'ils en font est très éloigné, on y retrouve cette idée du point de vue du fantôme sur ce qu'il laisse derrière lui.
Etrangement alors qu'à chaque fois que je reviens sur mon classement et que j'arrive à "Yokai" ma mémoire des émotions me rappelle que j'avais vraiment apprécié cette séance, je serais bien en peine de vous délivrer un résumé précis du film. Et pourtant, le film reste en moi comme précieux et j'ai du coup envie de vous inviter amicalement à le découvrir à votre tour. C'est un film très doux, qui joue avec les sentiments de ses personnages comme on jouerait une nocturne de Chopin, c'est délicat, jamais démonstratif et pourtant extrêmement profond quant à ce que ça éveille en nous. Les souvenirs heureux s'y habillent de sensations pastelles quand les regrets se parent de coloris ténus. Ce refus évident d'exacerber les sentiments, chez cette femme et son nouvel ami confident des dernières pensées qui la lient aux vivants, travaille à faciliter son départ, son acceptation. Les pardons qu'elle n'aura pas eu le temps d'adresser, une dernière étreinte avec un fils qu'elle a délaissé pour sa carrière, les mots qu'elle aurait voulu dire à tant de personnes, amicaux, amoureux ou réprobateurs, plus rien ne fait sens, rien n'est fondamentalement important.
Elle devra désormais en accepter l'évanescence et l'impermanence qui sera le signal de sa propre futilité dans le grand jeu de la vie, la mort.
C'est difficile de parler d'un film qui encore une fois résonne émotionnellement en soi, mais dont la mémoire factuelle s'estompe faute d'avoir pu le revoir. Je ne vais donc pas continuer plus avant cette chronique, je dirai juste un mot sur Catherine Deneuve, icône incontestée et incontestable du cinéma mais qui ces dernières années ne soulevait pas chez moi un enthousiasme délirant quant à ses choix de rôles et qui ici m'a beaucoup ému. Il y avait longtemps que je ne l'avais pas vu aussi juste et surtout aussi mesurée dans son jeu. Voilà finalement peut-être l'argument le plus solide pour découvrir ce film discrètement fantastique.