S’il y a bien quelques morceaux d’Orelsan que j’apprécie, je ne peux pas prétendre bien connaître sa musique et son univers. J’avais pourtant été agréablement surpris par Comment c’est loin et la sincérité de sa proposition, et avait ainsi réussi à mieux définir le personnage, ce mec blasé qui retranscrit à merveille sa vie de ville moyenne où l’on se fait un peu chier et où on se sent quelque peu enfermé par le côté vase clos des gens que l’on côtoie.
Mais je n’attendais donc pas pour autant Yoroï, proposition étrange flirtant avec la réappropriation culturelle et le délire geek mal dégrossi. Mais ce que je ne savais pas avant de lancer le film, c’est que le rappeur y incarne son propre rôle, ajoutant une dimension égotrip assez gênante à l’ensemble.
Pour la dimension blasée du bonhomme, ça fait ici clairement tâche tant on peine à s’impliquer dans ce qui lui arrive, sans même mentionner ses atermoiements de pauvre riche. Non, le problème est que l’on n’achète jamais ses réactions, et ce dès le début où l’armure éponyme vient se coller magiquement et à laquelle il ne répond qu’un pataud “ah mince”. Dimension comique du récit me direz vous, mais les problèmes d'écriture vont plus loin que ça.
Il n’y a qu’à voir cette exposition laborieuse de cinq minutes où l’on nous raconte tous les tenants sans rien montrer. Faudrait réviser les bases. D’autant plus que toute la dimension qui fait des yokais les doutes du personnage est cousue de fil blanc.
On a également bien du mal à comprendre comment il est possible de si mal traiter son personnage féminin principal, d’abord présentée comme une compagne badass qui ridiculise son mec, pour finalement mieux la passer sous le tapis et ramener la couverture à la star indiscutable. Elle n’est finalement qu’un faire-valoir assez embarrassant sur lequel il pourra prendre pied pour mieux se mettre en avant.
Car si le film se regarde docilement pendant une bonne heure et quart, le dernier acte devient un monument mégalo où, comme souvent lorsqu’un acteur est amené à jouer deux rôles à la fois, on ne laisse plus de place à ce qui faisait le sel du récit, à savoir le fantastique, les yokais, pour doublement recentrer sur Orelsan/Orelsama. S'ensuit alors un regard dans le miroir lors de la grande tirade finale qui sonne comme une chanson du bonhomme, avec ce que cela contient de regard en arrière, de cynisme, de doute, et d’auto-critique ironique. Ça tourne donc en rond par rapport à la prod habituelle de l’artiste.
Une fois que l’on a dit tout cela, il convient de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, car Yoroï n’est pas exempt de qualités, par delà le fait que j’accueillerais toujours les tentatives d’incursion de la France dans le cinéma de genre, aussi ratées soient-elles. Car visuellement, le film de David Tomaszewski (clippeur habituel du rappeur) s’en sort plutôt bien, notamment par les designs originaux de son bestiaire qui parlent immédiatement à l’imaginaire du spectateur et retranscrivent admirablement les démons intérieurs du personnage. Comme je disais précédemment, la première grosse moitié du film qui leur est consacrée est assez intrigante dans ce qu’elle a à proposer pour accepter certains défauts et ne pas sombrer dans l’ennui.
Peut-être que Yoroï s’adresse principalement aux férus de l’artiste, à celles et ceux qui vont capter toutes les références que l’on devine disséminées ça et là. Mais en tant que spectateur lambda, pas hermétique à Orelsan pour un sou, je dois admettre que cela devient indigeste sur la fin. Mais ça a au moins la décence de ne pas s’éterniser, et d’assumer son délire geek malgré la prépondérance égomaniaque.